Sermon du Jeudi 18 Juin 2026 – 3 Muharram 1448

Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous tous. Je commence cette prise de parole, en cette nuit si particulière, en adressant mes salutations les plus profondes et les plus sincères à notre maître. Que la paix soit sur toi, ô Aba Abdillah, ainsi que sur les âmes pures qui se sont rassemblées dans ta cour et qui ont fait halte à tes côtés. Que la paix de Dieu soit sur toi pour l’éternité, tant que je vivrai et que dureront la nuit et le jour. Je prie pour que Dieu ne fasse pas de cette visite la dernière. La paix soit sur Al-Hussein, sur Ali fils d’Al-Hussein, sur les enfants d’Al-Hussein et sur les nobles compagnons d’Al-Hussein. Ce dont je souhaite vous parler intimement ce soir touche à une notion qui, à mon sens, constitue l’un des piliers les plus vitaux sur le plan de l’engagement personnel et de la ferveur religieuse dans la vie d’un être humain. Il s’agit du concept fondamental de « Tawtin al-Nafs », c’est-à-dire la préparation, l’ancrage et la domestication de notre âme face aux tumultes inévitables de l’existence.

L’Appel de l’Imam Hussein : Préparer son Âme pour la Rencontre Divine

L’origine de cette réflexion prend racine dans une parole historique, célèbre et infiniment profonde, prononcée par l’Imam Hussein lui-même. Face à l’imminence de l’épreuve ultime, il a déclaré avec une clarté et une transparence absolues : « Que celui d’entre vous qui est prêt à sacrifier son sang pour nous et qui a préparé son âme à la rencontre de Dieu, parte avec nous, car je pars au matin, si Dieu le veut ». Tout le secret de notre résilience spirituelle se cache dans cette formulation extrêmement précise : avoir préparé son âme à la rencontre de Dieu.

En observant attentivement nos vies, je constate que la grande majorité des problèmes qui nous accablent, de nos échecs cuisants et de nos effondrements psychologiques, proviennent précisément de ce manque crucial : nous n’avons pas accompli ce travail de préparation sur nous-mêmes. Mais que signifie réellement cette expression ? Le processus de Tawtin al-Nafs consiste pour l’être humain à prendre activement en charge son âme, à l’éduquer, à l’entraîner rigoureusement, à la purifier et à la hisser vers un niveau de maturité tel qu’elle devienne capable de demeurer parfaitement calme, sereine et stable face à n’importe quel défi ou événement imprévu. L’étymologie même du mot est fascinante : Tawtin provient du mot Watan, qui désigne la patrie, le foyer. De la même manière qu’un individu se sent intrinsèquement en sécurité, apaisé et à l’aise lorsqu’il se trouve dans son propre pays, l’objectif est de transformer son âme en un sanctuaire intérieur inébranlable. C’est l’art d’habituer son esprit à accueillir n’importe quel défi avec la même sensation de stabilité et d’ancrage que l’on ressent chez soi.

Le Théâtre du Quotidien : La Sagesse de l’Âme Préparée

Descendons ensemble dans la réalité concrète de notre quotidien pour en saisir toute l’ampleur. Un individu qui a accompli ce travail en lui-même (qui a « mowattin » son âme) regarde l’adversité avec une lucidité remarquable. Prenez l’exemple d’un parent dont l’enfant tombe subitement malade : s’il a préparé son âme, il intègre profondément l’idée que la guérison est possible, mais que l’issue fatale l’est tout autant. Face à un terrible accident de la route impliquant un proche, la personne préparée sait intimement que la vie et la mort sont les deux issues possibles et elle y est psychologiquement prête. Prenons le cas d’un commerçant qui se lance dans les affaires : s’il s’est préparé, il sait pertinemment que son entreprise peut générer d’immenses profits, mais il a tout autant habitué son esprit à la dure probabilité de la perte et de la ruine financière.

Lorsqu’une personne a pris le soin de préparer son âme à toutes ces éventualités dramatiques, elle accueille le choc de l’épreuve avec un calme majestueux. Par conséquent, elle agit face à ce bouleversement avec une grande sagesse, avec une conscience éveillée, et surtout, en totale conformité avec les règles de notre religion et de la loi islamique (la Charia). À l’inverse, observons le drame de celui qui n’a pas éduqué son âme, qui ne l’a pas entraînée ni éveillée aux difficultés et aux rudesses inhérentes à cette vie. Le résultat est systématique : le moindre défi qui traverse son existence le fait reculer, le brise de l’intérieur et le précipite inévitablement dans l’échec.

Le Prix de l’Illusion : Quand l’Absence de Préparation Brise les Vies

Laissez-moi vous donner des exemples douloureux de ces effondrements. Imaginez un couple vivant dans une grande aisance matérielle, n’ayant jamais connu le besoin. S’ils n’ont jamais préparé leur esprit à la possibilité de la pauvreté, s’ils se sont construits sur l’illusion absolue d’une richesse éternelle, le jour où la misère frappe à leur porte, ils s’effondrent psychologiquement. Parce qu’aucun des deux n’était préparé à cette rudesse imprévue, leur foyer se brise et ils finissent très rapidement par se séparer. Prenons un autre exemple tout aussi tragique : un jeune homme épouse une femme rayonnante de santé et de jeunesse. Soudain, une grave maladie la frappe et la condamne à rester alitée de manière permanente. S’il n’a pas préalablement forgé son esprit à l’idée d’accompagner une épouse souffrante, la relation est inévitablement vouée à l’échec. C’est d’ailleurs ce que rappelle un hadith d’une très profonde sagesse : la véritable valeur d’un homme se révèle lors de la maladie de son épouse, de même que la véritable valeur d’une femme se révèle lors de la pauvreté de son mari.

L’absence de préparation nous rend affreusement sélectifs et fragiles face aux drames de grande ampleur. En temps de guerre par exemple, une personne peut se résoudre à perdre une maison, mais si le sort lui en arrache une deuxième, elle s’effondre totalement. Elle peut accepter de perdre ses terres agricoles, mais elle n’a absolument pas préparé son âme à l’épreuve déchirante de l’exode, au fait de devenir un réfugié (un naziḥ) forcé de quitter son foyer. Lorsque ce déplacement forcé survient brutalement, elle est incapable de se hisser à la hauteur de ce défi monumental. Sans cette préparation essentielle, la perte de ses repères matériels pousse l’être humain à dévier de son chemin, à perdre la raison et à prononcer des paroles d’égarement inacceptables.

« Ikhshawshanu » : S’armer dans l’Abondance pour Résister à la Tempête

Il est impératif de comprendre que la préparation de l’âme exige une anticipation et un effort de tous les instants. Le véritable concept du Tawtin implique que même durant les jours de grâce, de confort et d’abondance, vous avez le devoir absolu d’entraîner votre âme pour les jours de grande rudesse. Au cœur même de la richesse, vous devez enseigner à votre être intérieur comment affronter la pauvreté. Pendant les périodes de paix et de pleine stabilité, il est vital d’éduquer, de purifier et de préparer son esprit pour qu’il puisse résister aux temps sombres de l’instabilité, de l’exil et des déplacements forcés. C’est un travail titanesque et perpétuel que nous devons mener avec nous-mêmes, mais de la même façon avec nos familles et nos enfants. Nous devons catégoriquement refuser de les élever dans une illusion idéaliste et candide.

La vie terrestre contient inévitablement de la violence, de l’oppression, des drames insoutenables et des calamités. C’est la ligne tracée par les membres de la famille du Prophète, et le Coran nous avertit clairement de ces épreuves inéluctables : « Et Nous vous éprouverons sûrement par un peu de peur… ». Face à l’adversité, nous ne pouvons pas nous permettre de reculer au premier obstacle. Cela réclame un entraînement continu, de l’éducation, de l’éveil, une grande clairvoyance (basira) et une réflexion profonde (tafakkur) afin de pouvoir prendre les décisions les plus justes au cœur de la tempête. L’Émir des Croyants, l’Imam Ali, a souligné cette exigence capitale en déclarant que le gouvernant ne peut véritablement assumer la responsabilité que Dieu lui a confiée s’il ne prend pas soin des gens, s’il ne cherche pas l’aide de Dieu, et surtout, s’il ne « prépare pas son âme à s’attacher à la vérité ». Ce terme précis de préparation, le Tawtin, est omniprésent dans les textes sacrés de nos Imams, qui exhortaient sans cesse les croyants à forger leur esprit pour affronter les pires éventualités.

Bien sûr, il n’est pas interdit de rechercher le confort, le repos et le bien-être ; c’est un désir légitime. Cependant, croire que l’existence se résume à cette seule quête de confort est une erreur fondamentale. L’homme doit agir pour son bien-être, tout en gardant son âme strictement et sévèrement préparée aux plus grandes difficultés. C’est le sens profond des mots de l’Imam Sadiq lorsqu’il proclamait : « Ikhshawshanu fa inna al-ni’am la tadum », ce qui se traduit par : « Habituez-vous à la rudesse, car les bienfaits ne durent pas éternellement ». Cet impératif nous commande d’accoutumer nos âmes à la vie rude afin de pouvoir conserver notre stabilité émotionnelle et notre ancrage spirituel face aux épreuves inévitables.

L’Ascension Ultime : De la Préparation au « Maqam al-Ridha » (Le Contentement)

Si le stade de la préparation (Tawtin) est déjà un degré noble et indispensable pour réagir aux crises avec sagesse et selon les règles religieuses, je dois vous révéler qu’il existe un niveau spirituel encore bien plus majestueux. C’est le sommet absolu de la spiritualité humaine : le rang du Contentement, que l’on nomme le Maqam al-Ridha. Ce degré suprême représente l’état de soumission totale et d’acceptation inconditionnelle. C’est un état d’être où l’individu ressent une satisfaction intime, profonde et authentique pour tout ce qui lui est décrété par Dieu, que la vie lui offre de merveilleux moments ou qu’elle lui impose des tragédies effroyables.

Accueillir tout ce qui émane du Créateur avec un contentement radieux est la plus haute réalisation possible de l’âme. L’être qui atteint ce sommet a non seulement préparé son esprit aux pires scénarios, mais lorsque l’horreur absolue survient, il la reçoit avec un calme inébranlable, une stabilité parfaite, et une soumission si pure qu’aucune épreuve ne peut le dévier de son droit chemin ni lui faire perdre sa sagesse ou sa conformité à la loi divine. C’est très exactement ce niveau inouï qu’ont atteint, dans la poussière et le sang, les compagnons de l’Imam Hussein à Karbala. Ils étaient exceptionnels parce qu’ils avaient préparé leur âme aux atrocités les plus extrêmes et à la rencontre divine. Face au carnage épouvantable et à la perte inévitable de ses proches, l’Imam Hussein s’est tourné vers le ciel et a prononcé ces mots d’une puissance bouleversante : « Mon Dieu, voici mes hommes, sacrifiés pour Ton agrément ». Faisant preuve d’un contentement absolu face à la tragédie, il a même déclaré avec une ferveur inégalée : « Si cela Te satisfait, alors prends jusqu’à ce que Tu sois satisfait ». Ces hommes et ces femmes ont accueilli leur terrible destin avec le Ridha le plus complet. C’est à ces âmes souveraines que le Coran s’adresse lorsqu’il proclame : « Ô âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée ». Dieu décrit ceux qui ont atteint cette cime spirituelle par la magnifique formule : « Dieu est satisfait d’eux, et ils sont satisfaits de Lui ».

Guérir notre Société : L’Agrément Divin contre la Tyrannie du Regard d’Autrui

Pour clore cette longue réflexion, il est de mon devoir strict d’aborder une faille éthique monumentale, une véritable maladie spirituelle qui ronge notre société contemporaine, en nous basant justement sur cette notion de satisfaction divine. Dans le Saint Coran, Dieu évoque trois concepts magnifiques et réciproques : le fait qu’Il soit satisfait d’eux et qu’ils soient satisfaits de Lui, le fait qu’Il les aime et qu’ils L’aiment, et le fait qu’Il revienne vers eux avec miséricorde pour qu’ils se repentent. Mais observez attentivement notre culture actuelle et l’inversion de nos priorités. Aujourd’hui, lorsqu’une personne agit, ou même lorsqu’elle commet une faute, sa préoccupation majeure, son angoisse première, c’est le regard des autres. Nous construisons nos vies en cherchant désespérément à satisfaire la société, à obtenir l’approbation du public, la validation de nos proches, de notre famille, ou pire encore, l’agrément des gouvernants et du souverain.

Dans cette quête vaine et épuisante, l’agrément et la satisfaction de Dieu sont tragiquement relégués au second plan. Avant même d’exprimer une opinion, de prendre une décision ou de formuler une vérité, on se demande immédiatement : « Que vont dire les gens ? Il faut impérativement que les gens soient satisfaits pour éviter leurs critiques sur nous ». La validation d’autrui est devenue le tyran autour duquel tournent toutes nos existences. Parfois, pour préserver notre misérable confort ou par simple crainte, nous refusons de prononcer la vérité, préférant plaire au pouvoir temporel et aux autorités terrestres plutôt qu’au Créateur.

À Karbala, les compagnons de l’Imam Hussein ont brisé avec fracas ces chaînes terrestres. Nous parlons d’individus ayant atteint des strates spirituelles d’une telle élévation et d’une telle complexité qu’il est ardu de les décrire pleinement. Ils avaient préparé leur âme à la mort certaine, au martyre sanglant, à la souffrance indicible de la captivité (le Sabi), et aux niveaux de sacrifice les plus absolus et définitifs. Ils ont marché vers ce destin effroyable avec une paix immense, un calme inébranlable, une profonde clairvoyance et, surtout, sans chercher l’approbation des hommes, mais armés du seul désir d’obtenir le contentement et l’agrément divins.

Quel en fut le résultat grandiose ? En récompense de cette exclusivité et de ce détachement total du regard humain, Dieu leur a offert l’immortalité, la gloire éternelle et un héritage retentissant que nous observons encore de nos jours, vibrant aux quatre coins du monde islamique. Ce rayonnement perpétuel n’est que l’écho brillant de leurs actes purs, de leurs paroles justes, de leur moralité infaillible et de l’exemple inaltérable qu’ils ont laissé à l’humanité. Ils furent des lumières éclatantes sur cette terre assombrie, et leur éclat continue de briller de mille feux jusqu’à ce jour.

L’Héritage de la Fermeté et la Fidélité à la Lignée Pure

En terminant cette assise solennelle, je demande humblement, et avec la plus grande ferveur, à Dieu, le Très-Haut, de faire de nous des croyants véritables, capables de forger et de préparer nos âmes à affronter toutes les strates, les défis et les difficultés de la vie terrestre. Je le prie de nous accorder la grâce immense d’accueillir chaque événement de notre destinée avec un contentement total et pacifié. Face à l’adversité, qu’elle soit financière, physique ou émotionnelle, nous ne devons jamais céder à l’angoisse ni à la panique. Nous ne devons jamais avoir peur, hésiter, reculer ou vaciller. Peu importe l’immensité, le poids ou la violence du défi qui s’abat sur nous, nous ne devons laisser aucune place à la faiblesse, à l’égarement ou à la déviation dans nos cœurs.

C’est uniquement par cette solidité intérieure et cette préparation absolue que nous pourrons réellement prétendre être fidèles à l’Imam Hussein, fidèles à ses nobles compagnons de Karbala, fidèles au sang inestimable qu’ils ont versé sur cette terre, et fidèles aux membres bénis de sa famille, que les meilleures prières et la paix soient sur eux tous. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous nous maintiendrons fermement ancrés sur la voie immuable et les principes éternels tracés par l’Imam Hussein. Je demande à Dieu de nous affermir dans cette démarche. Je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous tous. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu vous accompagnent.


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