Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Nous prions Dieu, béni et exalté soit-Il, d’accepter de nous tous nos œuvres, nos actes d’obéissance et de dissiper nos afflictions. Nous Lui demandons de placer ces efforts et cette fatigue dans la balance de nos bonnes actions le Jour de la Résurrection, car Il est certes Celui qui entend et exauce les prières.
Mes chers frères et sœurs, que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous. Ce soir, je souhaite aborder avec vous plusieurs questions fondamentales qu’il est impératif de garder à l’esprit durant ce mois béni de Ramadan. La nuit dernière, nous avons exploré certains concepts tirés du sermon du Prophète (que la paix soit sur lui et sa famille). Cependant, il faut comprendre que toutes les recommandations de ce sermon, ainsi que nos devoirs, ne se situent pas tous au même niveau d’importance. Il y a des priorités absolues. Parmi les actions les plus cruciales que nous dicte notre religion, à travers le sermon du Prophète et nos invocations, figure en tête notre relation avec le Maître de l’Époque et du Temps (l’Imam Al-Mahdi), que les prières et la paix soient sur lui.
Le Pilier de l’Adoration à l’Ère de l’Occultation
Nous devons avoir la certitude que notre lien avec le Maître de l’Époque constitue le fondement et le pilier central de toute adoration accomplie par l’être humain à l’ère de l’occultation. Aujourd’hui, il est notre Imam, notre guide, notre maître, celui que nous devons prendre pour modèle et à qui nous devons une obéissance absolue.
Pour saisir l’immensité de cette question, il vous suffit d’observer attentivement nos pratiques durant ce mois. L’un des actes les plus importants de nos nuits de Ramadan est la lecture de l’invocation de l’Ouverture (Dua al-Iftitah). Si vous l’analysez, vous constaterez que la première moitié de cette invocation est entièrement consacrée à la louange et à l’éloge de Dieu, tandis que la seconde moitié est exclusivement dédiée à s’adresser au Maître de l’Époque. Nous y prions pour lui et nous supplions Dieu de nous compter parmi ses partisans et ses aides. Cette structure même révèle que ce lien spirituel exige une attention toute particulière durant les jours et les nuits du Ramadan. Pourtant, soyons honnêtes avec nous-mêmes : chacun de nous ressent intimement que cette relation avec notre Imam n’est ni assez solide, ni assez profonde, ni au niveau de force et d’exigence requis. Il est de notre devoir de réévaluer ce lien pour devenir de véritables préparateurs (Mumahhidin) de son retour, tels que Dieu l’a voulu.
Nos Tâches Face aux Épreuves Titanesques des Prophètes
Pour comprendre notre rôle aujourd’hui, il faut relativiser les défis qui nous incombent. Les défis auxquels nous sommes confrontés, que ce soit dans notre environnement immédiat ou ailleurs, ne sont pas des défis insurmontables comparés à ceux du passé.
Permettez-moi de vous donner des exemples frappants. Aucun de nous ne se promène aujourd’hui dans un désert aride pour y voir le Prophète Noé en train de construire un navire sur le sable. Imaginez la scène : des gens passaient près de lui et se moquaient. Si quelqu’un construit un bateau sur la plage, on peut y trouver une certaine logique, mais construire un immense navire en plein désert, demander l’aide des gens et attendre qu’un déluge vienne l’emporter, cela ressemble à une mission impossible, à un fardeau dépassant l’entendement.
Pensez également au Prophète Moïse. Il est facile de faire face à un ennemi extérieur qui vient envahir votre terre. Mais le défi de Moïse était vertigineux : Dieu lui a ordonné de se rendre directement dans le palais de Pharaon, un tyran qui se proclamait lui-même dieu, pour l’inviter à se soumettre au Dieu Unique. Si Pharaon avait attaqué Moïse et que ce dernier s’était défendu, cela aurait été un défi classique. Mais ici, Moïse devait pénétrer dans l’antre même du pouvoir, avec pour seule arme son bâton et son frère Aaron, et dire à ce tyran tout-puissant : « Soumets-toi et tu seras sauvé ». Quelle force d’âme, quelle connexion inébranlable avec Dieu et quelle absence totale de peur des créatures fallait-il à Moïse pour accomplir cela alors que personne n’osait même murmurer en présence de Pharaon !.
Regardez le Prophète Joseph : son épreuve ne s’est pas déroulée dans la rue, où il aurait pu simplement tourner les talons. Il a été tenté quotidiennement par Zouleikha, la femme du maître, au cœur même de son palais, le lieu qui représentait pour lui le summum de la sécurité et d’où il ne pouvait s’échapper facilement. Ce fut une épreuve de chaque instant.
Ces immenses défis, seul le courage des Prophètes et des Messagers pouvait les relever. Notre devoir à nous, face à eux, était simplement de les croire, de les soutenir et de les suivre. De la même manière, on ne nous demande pas aujourd’hui d’accomplir ce que l’Imam Hussein a fait en quittant La Mecque pour l’Irak afin d’affronter le tyran de son époque, ni ce que Dieu a exigé d’Abraham lorsqu’Il lui a ordonné de sacrifier son fils Ismaël.
Nos devoirs à l’ère de l’occultation sont infiniment plus simples
Il nous est demandé d’accomplir quelques actions culturelles, de lire, de nous former sur le plan dogmatique, et de comprendre en profondeur notre religion. Il ne nous est pas imposé de porter des fardeaux écrasants. Et pourtant, face à ces tâches simples, nous trouvons le moyen de chercher des excuses, de reculer, de nous plaindre, de nous montrer faibles, de repousser à demain et de négliger nos devoirs.
Le Piège du Faux Espoir (Al-Raja’ al-Kadhib)
Cette négligence nous conduit à un mal profond : espérer de Dieu une récompense que nous ne méritons absolument pas. C’est ce que l’Imam Al-Baqir a enseigné à Jabir en l’avertissant : « Prends garde au faux espoir ». Qu’est-ce que le faux espoir ? C’est le fait de s’asseoir sans rien faire, de ne fournir aucun effort, de n’accomplir aucune bonne action, de ne pas guider les gens, d’être inactif, et malgré cela, d’espérer que Dieu nous place le Jour du Jugement au même rang que les grands travailleurs et les ascètes !. L’Imam appelle cela une illusion trompeuse.
Comment Préparer Concrètement le Retour de l’Imam (At-Tamheed) ?
Beaucoup se demandent comment rester fidèles à la voie de l’Imam Al-Mahdi durant son occultation et comment préparer son retour. Certains disent : « Je ne connais pas mon devoir à notre époque ». La réponse se trouve, encore une fois, dans le Dua al-Iftitah. J’en ai extrait un passage qui constitue une preuve irréfutable contre quiconque prétend ignorer son rôle.
Nous disons dans cette invocation : « Ô Allah, rassemble par lui ce qui est dispersé en nous » (Almim bihi sha’athana). Nous espérons qu’avec l’apparition de l’Imam, notre nation ne sera plus éparpillée, mais unie et solidaire. Dès lors, si vous voyez une famille déchirée, un groupe divisé, un quartier ou un lieu de travail morcelé, et que vous produisez un effort pour rassembler ces gens et les sauver de la division, ne croyez-vous pas que votre action s’inscrit directement dans la préparation (Tamheed) de l’arrivée de l’Imam ?.
L’invocation poursuit : « Colmate par lui notre brèche » (Ish’ab bihi sad’ana), et « Recouds par lui notre déchirure » (Irtaq bihi fatqana). S’il y a un conflit, une distance, une animosité ou une différence de points de vue qui divise nos rangs, tout acte que vous entreprenez pour rapprocher les cœurs, effacer ces désaccords et dissiper cette froideur prépare le terrain pour le Maître du Temps.
Nous disons aussi : « Augmente par lui notre petit nombre » et « Exalte par lui notre humiliation » (A’ziz bihi dhillatana). Toute action qui renforce notre position, qui attire et convainc de nouvelles personnes de rejoindre cette mission éternelle, et qui relève notre communauté là où elle s’est affaiblie, participe à cet effort grandiose. Préparer la voie n’est pas une tâche abstraite ou compliquée à découvrir. N’importe quel effort, même s’il vous semble dérisoire, fait avancer ce train. Le Messager de Dieu nous l’a rappelé : « Ne sois pas gêné de donner peu, car la privation est bien moindre que cela ». Personne ne devrait dire qu’il est incapable de soutenir cette marche. Nous devons agir, et c’est Dieu qui accorde le succès et la victoire.
Le Jeûne : De l’Individu (« Je ») à la Nation (« Oumma »)
L’aspect social de cette préparation se retrouve dans d’autres phrases du Dua al-Iftitah : « Enrichis par lui notre pauvreté », « Règle par lui nos dettes », et « Comble par lui notre indigence ». Aider les pauvres, soutenir ceux qui croulent sous les dettes, soulager la détresse d’autrui sont des actes directs de Tamheed.
C’est ici que l’essence du jeûne prend tout son sens. Le Ramadan a pour vocation de nous extirper de la prison de l’ego (« Je ») pour nous ouvrir aux horizons de l’humanité entière. Lorsque vous ressentez la faim et la soif, vous ressentez physiquement la douleur des affamés et des opprimés. Ce mois vous enseigne la solidarité, l’entraide et le sens des responsabilités. Il fait de vous un membre organique de la nation, et non un individu isolé. C’est pour cela que nos invocations deviennent globales : « Ô Allah, guéris tout malade, rassasie tout affamé, vêts tout être dénué, ramène tout absent ». Le jeûneur ne prie plus seulement pour lui-même, il porte les soucis de toute l’humanité, avec laquelle il s’est uni par l’épreuve de la faim et de la soif. Nous ne devons pas rester repliés sur nous-mêmes dans notre confort, à l’image du Prophète à qui Dieu a intimé l’ordre de se lever et d’avertir : « Ô toi, le revêtu d’un manteau ! Lève-toi et avertis ! ».
Il y a d’innombrables manières d’agir : « Facilite par lui notre difficulté », « Blanchis par lui nos visages », « Libère par lui nos captifs ». Si vous voyez une personne rongée par la honte ou bloquée dans une épreuve, et que vous l’aidez à retrouver sa dignité, vous êtes un préparateur. Partout où se trouve une faiblesse, une faille ou un recul dans notre société, si vous apportez votre soutien par une parole, un acte ou une aide matérielle, vous contribuez à hâter l’avènement de l’Imam.
Transformer Nos Iftars et Planifier Notre Ramadan
Je vous propose une application très pratique de ces principes. Nous avons souvent l’habitude d’inviter nos frères pour le repas de rupture du jeûne (Iftar). C’est une excellente chose, mais ne faites pas de la nourriture et du dîner l’objectif final de la soirée. Réunissons-nous pour discuter des affaires publiques, des problématiques de notre société, des pauvres, des affligés et des sujets brûlants qui pèsent sur notre communauté. Profitons de ces rassemblements pour initier de bonnes actions : réconcilions deux époux, apaisons les tensions entre deux associés, organisons des séances de lecture du Coran pour ce mois sacré (un sujet sur lequel nous reviendrons d’ailleurs plus tard).
Enfin, pour que ce mois ne passe pas en vain, je vous invite à prendre un engagement intime. Prenez les recommandations du sermon du Prophète, inscrivez-les sur une feuille de papier, et élaborez un programme d’action précis. Le Prophète n’a pas exigé de nous de construire une mosquée dans ce sermon. Mais s’il y a dit : « Priez deux unités surérogatoires », « Améliorez votre comportement », « Renouez vos liens de parenté », « Lisez un verset », ou « Priez abondamment sur moi», alors il faut exécuter ces directives une par une. Chaque point soulevé par le Prophète est une priorité absolue et constitue une clé d’ascension spirituelle. Ne commettons pas l’erreur monumentale de choisir une recommandation facile tout en ignorant les autres. Trop de gens entrent dans le mois de Ramadan et en ressortent le premier jour de Shawwal exactement dans le même état d’esprit, avec les mêmes défauts, les mêmes rancœurs et les mêmes divisions qu’à la fin de Sha’ban. C’est un désastre qui nous guette, car le Prophète a été formel : « Le misérable est celui qui est privé du pardon de Dieu durant ce mois ».
Je prie Dieu, béni et exalté soit-Il, de nous aider à accomplir le jeûne de ces jours et la prière de ces nuits. Je Lui demande de consolider nos liens spirituels avec le Maître de l’Époque et du Temps, et de faire de nous ses alliés, ses partisans et des martyrs à ses côtés. Que Dieu fasse de la nation et des Gens de la Demeure prophétique (Ahl al-Bayt) nos intercesseurs le Jour de la Résurrection.
