Influenceurs, Modèles et Responsabilité : Le défi de notre génération

Par l’ancien Président et membre fondateur des Scouts Al-Montazar, Mayssam

Pour ceux d’entre vous qui ne me connaissent pas, j’ai eu l’honneur d’être le président de cette association pendant dix ans et j’en suis l’un des membres fondateurs. Si je prends la parole aujourd’hui, c’est parce que l’association continue de prospérer et de produire de belles choses, mais il est crucial de rappeler d’où l’on vient.

Vous, les nouvelles générations, vous profitez aujourd’hui d’une structure et d’une ambiance pour lesquelles il a fallu se battre, se forger et se former. C’est fort de cette expérience passée que je souhaite aborder avec vous la thématique centrale de ce soir, inspirée directement du verset coranique :

« Il y a certes pour vous dans le Prophète de Dieu un excellent modèle ».


1. Du Prophète à l’Influenceur : Une mise à jour nécessaire

Nous connaissons tous la théorie. L’histoire de l’humanité nous a offert 124 000 prophètes, 12 Imams, des adjoints et des milliers d’exemples vertueux. Les exemples ne manquent pas, et vous les connaissez. Pourtant, la vraie question qui nous réunit est la suivante : pourquoi ne choisissons-nous pas toujours de suivre le bon modèle ? Pourquoi, malgré cette connaissance, faisons-nous parfois les mauvais choix ?

Pour comprendre le concept de modèle aujourd’hui, il faut utiliser votre vocabulaire. Parlons d’influenceurs. Quand je vous demande de définir un influenceur, vous me dites : c’est quelqu’un qui impacte, qui expose son train de vie, qui est admiré, envié, qui a une communauté, et qui parfois « fait semblant ». Si l’on retire le côté superficiel des stars de télé-réalité, cette définition ressemble étrangement à celle des prophètes ou des chefs religieux.

Mais posez-vous cette question sérieusement : qui est le plus grand influenceur de tous les temps ? Ce n’est pas Jésus, ce n’est pas Mohammed (psl) dans ce contexte précis. Le maître absolu en la matière, celui qui a réussi à détourner des milliards de personnes vers l’Enfer, c’est Satan (Iblis). C’est lui qui exerce son influence par le Waswas (le chuchotement) au quotidien, y compris à travers les algorithmes de TikTok. Gardez cela en tête : le mot « influenceur » n’est pas anodin, il cache souvent cette réalité.

2. La loi binaire : Il n’y a pas de neutralité

Il existe une règle fondamentale dans votre existence sociale : la neutralité n’existe pas. Peu importe qui vous êtes ou d’où vous venez, à chaque instant t de votre vie, vous occupez l’une de ces deux positions :

  1. Soit vous êtes l’influenceur.
  2. Soit vous êtes l’influencé.

Vous ne pouvez pas être au milieu. C’est une position amovible : vous pouvez influencer votre petit frère et être influencé par votre professeur. Si vous êtes l’influenceur, vous devenez un modèle. Si vous êtes l’influencé, vous êtes en train de choisir votre modèle.

L’environnement est ici déterminant.

  • Si vous restez une heure avec un groupe opposé à vos principes, ils peuvent vous influencer, mais vous pouvez résister.
  • Si vous restez une journée, une semaine, un mois ou un an avec eux, vos chances de résister s’effondrent.
  • Le risque ultime ? Finir comme eux et devenir vous-même un « mauvais influenceur ».

L’influence mène mécaniquement à la construction d’un modèle. Prenons un exemple trivial : je commence à influencer un ami en lui disant qu’il serait beau avec une barbe. Je lui montre des images, je le valorise. Il finit par essayer. S’il aime, nous créons ensemble une « secte de barbus » et nous cherchons le barbu le plus célèbre pour en faire notre modèle suprême. C’est ainsi que cela fonctionne : l’influence crée le modèle. Si ce modèle est bon, tant mieux. S’il est mauvais, c’est destructeur.

3. Le grand test de réalité : Netflix ou Ahl-ul-Bayt ?

Soyons honnêtes et faisons un examen de conscience. Nous sommes tous d’accord pour dire que le Prophète Mohammed et l’Imam Ali sont les meilleurs modèles. Mais quel est leur pourcentage réel d’influence dans votre journée ? Une fois la prière terminée, qu’est-ce qui, dans votre comportement, est dicté par l’exemple du Prophète ? La réponse, si l’on est sincère, est souvent : « faible ».

Allons plus loin. Oublions les figures historiques lointaines. Prenons des exemples contemporains.

  • Qui, dans cette salle, connaît vraiment la vie de notre guide pour s’en inspirer ?
  • Nous avons réalisé un super reportage sur sa vie pour comprendre son parcours. Qui l’a regardé ? Vous êtes peut-être quatre à lever la main.
  • En revanche, qui a regardé la dernière série Netflix ? Je ne vous demande pas de lever la main, il y en aura trop.

C’est là tout le paradoxe. Nous avons les modèles parfaits, donnés par Dieu, mais nous les laissons s’éparpiller sans impact sur nos vies, préférant connaître la vie de Nabila ou des personnages de fiction. L’immense avantage de l’école d’Ahl-ul-Bayt est qu’elle nous offre une continuité. Du Prophète jusqu’à nos jours, nous avons accès à une chaîne ininterrompue de modèles. Si le Prophète vous semble trop loin, vous avez des figures contemporaines accessibles .

4. Marja’iya, Jihad an-Nafs et Clairvoyance

Pourquoi suit-on un Marja’ (référence religieuse) ? Pas par idolâtrie. On le suit parce qu’on estime qu’il est le plus savant dans son domaine (la jurisprudence) et que nous n’avons pas nous-mêmes la capacité d’en déduire les lois.

Cela prouve une chose : nous avons le devoir de rehausser notre propre niveau religieux.

Mais comment savoir qui suivre ? Comment ne pas se tromper de modèle ? La clé réside dans le Jihad an-Nafs (le combat contre l’ego). Si vous entreprenez un travail de purification intérieure sincère, Allah vous accordera la clairvoyance (Basira). Vous saurez alors instinctivement qui suivre, comment le suivre, et comment devenir à votre tour un modèle digne d’être suivi.

Le modèle n’est pas universel pour tout : si vous voulez faire médecine, vous suivez les meilleurs médecins. Si vous voulez la jurisprudence, vous suivez le Marja’. C’est un choix rationnel et ciblé.

5. Chef Scout : Le statut de « Mini-Prophète »

J’en viens maintenant à votre rôle spécifique. En tant que chefs scouts, vous êtes pour les jeunes sous votre autorité des « mini-prophètes » ou des « mini-marjas ». Ce que vous faites, ils le feront. Votre impact est terrifiant d’efficacité. Laissez-moi vous raconter deux histoires vraies :

  • L’anecdote de la « Merguez » : Au début de l’association, j’entendais dans les couloirs des enfants se traiter de « merguez ». Un, deux, puis dix enfants. En enquêtant, j’ai réalisé qu’un chef utilisait cette expression pour gronder gentiment les enfants. Sans s’en rendre compte, il avait formaté tout le groupe.
  • L’anecdote du stylo : Un chef a animé une séance avec un stylo posé sur l’oreille. Il n’y a pas prêté attention. Deux semaines plus tard, tous ses jeunes sont arrivés avec un stylo sur l’oreille. Ils imitaient leur modèle à la perfection.

Cela signifie que votre responsabilité est totale.

6. Une responsabilité 24h/24 : L’histoire de la ligne blanche

Être chef scout, ce n’est pas un habit que l’on enlève en sortant du local. C’est un état permanent. Les gens vous voient comme le représentant de l’association, même quand vous faites vos courses. Un frère a été choqué un jour de me voir travailler comme infirmier. Pour lui, je n’étais que « le président ». L’image colle à la peau.

Il y a des comportements qui ne pardonnent pas :

  • Lorsqu’une sœur ne porte pas le voile en présence de membres de la communauté, et surtout d’enfants, c’est sa cohérence qui est remise en cause.
  • Un chef qui fume devant un enfant détruit son exemplarité.

Laissez-moi vous raconter une histoire marquante qui m’est arrivée avec le responsable de l’association Ouverture. Nous étions en voiture, je conduisais. Pour sortir d’un lieu, il y avait deux options : faire un long détour (la voie légale) ou tourner à gauche en franchissant une ligne blanche pour gagner 10 minutes. Tout le monde prenait le raccourci illégal. J’ai commencé à tourner à gauche. Il m’a arrêté net : « Tu fais quoi ? ». Je lui ai dit : « Tout le monde passe par là ! ». Il m’a répondu cette phrase que je n’oublierai jamais : « Toi, tu n’es plus tout le monde. Si un jeune te voit passer par là, tu devras répondre de son acte et de celui de tous ceux qui le suivront devant Dieu ». Depuis ce jour, je fais le détour.

Si vous créez une « secte » autour d’une mauvaise habitude, on viendra toquer à votre porte le Jour du Jugement.

7. Être un modèle intelligent : L’art de la pédagogie

Être un modèle ne signifie pas être un robot. Il faut être intelligent et adapté, comme dans la parentalité. On dit que l’enfant est roi jusqu’à 7 ans. Pourquoi ? Parce qu’à cet âge, il apprend par imitation, pas par directive. Si vous passez votre temps à lui dire « c’est interdit », « fais pas ci », vous en ferez un adulte incapable de décider par lui-même, un être assisté et donc extrêmement influençable.

Le modèle doit être subtil. Prenez l’exemple de l’Imam Hassan (as). Lorsqu’il a vu un vieillard mal faire ses ablutions, il ne l’a pas humilié en lui donnant un ordre. Il s’est mis à côté de lui et a fait ses ablutions correctement. Le vieillard a observé, a compris et s’est corrigé lui-même. C’est cela, la véritable influence.

Conclusion : Les porte-étendards de l’Islam

Pourquoi cette rigueur est-elle vitale pour nous, ici en France ? Parce que nous sommes dans un environnement non-musulman où nous sommes les représentants de l’Islam. Dans un pays musulman, vous seriez noyés dans la masse. Ici, chaque acte compte. Si vous faites un effort là où personne ne le fait, votre mérite est immense. Mais si vous faillissez, vous entachez l’image de votre religion.

Souvenez-vous de ce professeur d’éthique (Akhlaq) qui arrivait toujours en retard. Un de ses élèves a noté chaque minute de retard pendant 10 ans. À la fin, il lui a présenté l’addition : le professeur allait devoir répondre de toutes ces heures volées devant Dieu.

Ne prenez pas cette responsabilité à la légère. Allah vous a donné une chance incroyable : celle d’être des porte-étendards, des modèles pour la société. Nous avons la certitude de servir une cause juste. Ne gâchez pas cette opportunité en étant de mauvais influenceurs ou en choisissant les mauvais modèles.

À vous de jouer.


Commentaires

3 réponses à “Influenceurs, Modèles et Responsabilité : Le défi de notre génération”

  1. Pq une photo de Alain et pas de Hadi ?

  2. Alain +1000 aura

  3. Avatar de Alain BouHamdan
    Alain BouHamdan

    j’aime pas hadi