Nous adressons nos plus sincères condoléances à Sayyed Hakim pour le martyre de sa sœur et de son beau-frère.
Nous partageons sa douleur et celle de sa famille en ces moments d’épreuve. Nos pensées vont également à toutes les familles déplacées, endeuillées, ainsi qu’à tous les martyrs dont les corps demeurent injustement sans sépulture, victimes de l’agression de l’occupant sioniste.
Nous prions pour que Dieu les accueille dans Sa vaste miséricorde, élève leur rang parmi les martyrs et accorde patience et consolation à leurs proches.
Qu’Allah les rassemble auprès du Prophète et de sa noble famille, les Ahl al-Bayt (Que la Paix soit sur Eux), et qu’Il accorde à leurs familles la patience de Sayyeda Zaynab (Que la Paix soit sur Elle).
Au-delà de la faim : L’audit de l’âme et les leçons cachées du Ramadan
Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.
Louange à Dieu, Seigneur des mondes, et que la prière et la paix soient sur notre maître et prophète Muhammad, sur sa famille pure et sur ses nobles compagnons choisis.
Mes frères et sœurs bien-aimés, que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous, et que Dieu accepte, de ma part comme de la vôtre, nos bonnes actions.
Nous voici arrivés à un moment charnière. Le mois du jeûne s’approche inéluctablement de sa fin pour cette année, et ses heures ainsi que ses jours glissent d’entre nos mains, exactement de la même manière que s’échappent toutes les secondes, les heures, les mois et les années de notre vie entière. Durant cette période bénie, nous avons accompli ce que Dieu nous a permis et facilité comme œuvres pieuses, et nous avons supporté autant de difficultés que nos corps et nos âmes le pouvaient. Il est désormais de notre devoir le plus absolu, en ces derniers jours, de procéder à ce que l’on appelle un « grand bilan de compte » (Kashf Hisab). Nous devons scruter ce que nous avons véritablement réussi à accomplir et ce que nous avons échoué à réaliser, afin de supplier Dieu, exalté soit-Il, de nous aider à maintenir nos succès après l’écoulement de ce mois, et de nous permettre de rattraper nos négligences.
I. La philosophie de l’épreuve et de l’effort volontaire
Il est crucial de comprendre la nature des épreuves que nous traversons. Les diverses difficultés liées au jeûne ne sont qu’une infime fraction des difficultés inhérentes à la vie elle-même, car une vie dépourvue de toute difficulté n’a tout simplement aucune saveur.
Il y a cependant une distinction fondamentale à faire : les souffrances que nous endurons dans le jeûne et la prière sont des difficultés طوعية (volontaires). Ce sont des actes d’adoration qui ne doivent en aucun cas atteindre le stade du préjudice corporel ou de la destruction. En effet, si le jeûne cause un dommage réel à la santé d’un individu, il devient alors strictement interdit (haram). L’homme ne doit pas se jeter de ses propres mains vers la perte ; c’est pourquoi, s’il est malade, s’il est en voyage, ou s’il fait face à une difficulté démesurée, il lui est ordonné de rompre son jeûne et de le compenser par d’autres jours.
Mais alors, quel est le dessein divin derrière ces épreuves volontaires ? L’objectif est d’habituer l’être humain à l’obéissance et de transformer sa foi purement théorique en une action concrète et palpable. Car une foi dénuée d’actes est comparable à du musc sans odeur : on aura beau vous présenter le musc le plus précieux au monde, s’il ne dégage aucun parfum, il a perdu son essence et n’est plus du musc. C’est la raison pour laquelle la théorie historiquement prônée par la secte des Murji’ah – qui affirmait qu’un homme reste croyant et entrera au Paradis par sa simple foi, même s’il n’accomplit absolument aucune œuvre – est une aberration. Une foi ou un savoir qui ne se concrétisent pas par des actions finissent inévitablement par perdre leur vitalité, par se dissiper et par s’éteindre.
Ces difficultés volontaires sont la preuve tangible de notre amour et de notre crainte de Dieu. Comment un individu peut-il prétendre craindre le Créateur si cela ne transparaît pas dans son comportement et son obéissance ?. Si un homme prétend aimer une femme, ou inversement, mais qu’il refuse catégoriquement de supporter la moindre épreuve ou difficulté pour elle, dira-t-on qu’il s’agit d’amour ? Non, car la vérité des sentiments se révèle dans le sacrifice.
Mais il y a un aspect encore plus profond. Dieu nous impose ces épreuves volontaires pour forger et développer notre volonté, afin que nous soyons prêts à affronter les épreuves involontaires. Dieu nous ordonne d’accomplir des actes difficiles de notre plein gré, mais la nature nous impose également des tragédies que nous subissons, que nous le voulions ou non : la maladie qui frappe, une jambe qui se brise, un tremblement de terre dévastateur. Toutes ces souffrances naturelles et non choisies exigent de nous une immense force de caractère, et c’est précisément la puissance de la volonté acquise par les rudesses de l’adoration qui nous donne la force de les supporter, ainsi que d’accomplir nos tâches quotidiennes et professionnelles futures.
II. La dualité de l’univers et le système des trois balances
Beaucoup d’hommes s’interrogent : pourquoi Dieu a-t-Il instauré toutes ces souffrances et ces douleurs naturelles ? Il faut comprendre que ces difficultés font partie intégrante de la création de l’univers, car Dieu a créé toutes choses sous forme de couples et d’opposés. Il existe le couple du plaisir et de la douleur, de la joie et de la tristesse, du confort et de la fatigue, de la quête de ce que l’on désire et de la fuite de ce que l’on abhorre. C’est uniquement par l’existence de ces contraires que les choses se distinguent et que l’univers prend sens. Ne voyez-vous pas que les cieux et la terre formaient jadis une masse compacte que Dieu a séparée (Fatq) pour faire jaillir l’infinie multiplicité des plantes et des millions d’espèces animales ?.
Il en va exactement de même pour la psychologie humaine. Les significations profondes de notre cœur et nos états d’âme ne se révèlent et ne se comprennent qu’à travers la multiplicité des expériences. Si un homme ne traverse aucune épreuve, il demeure dans sa naïveté originelle et ne saisit rien à la profondeur de l’existence. Observez ce jeune homme doté d’une personnalité extrêmement fragile : envoyez-le accomplir son service militaire, il y affrontera la dureté, et il en reviendra métamorphosé, doté d’une personnalité forte et nouvelle. Les épreuves et les difficultés sont les clés qui ouvrent les réserves de force enfouies en l’homme, nous révélant les merveilles de la puissance de Dieu en nous.
Le monde entier est une école éducative continue. Regardez l’enfant : bien avant de comprendre la signification des mots, il observe l’ordre des choses et assimile les lois naturelles. Nos actes d’adoration font partie intégrante de cet ordre global. Le but de nos prières et de nos jeûnes est que l’homme apprenne à se tenir droit par l’exercice de sa propre volonté, tout comme les organes de son corps se tiennent droits par nature. Votre cœur et vos poumons obéissent à Dieu de manière innée, accomplissant leur fonction dans une soumission totale sans que vous n’ayez de décision à prendre. L’être humain est par nature le serviteur de Dieu, mais le Créateur l’a doté du libre arbitre ; Il lui demande donc d’utiliser sa volonté pour s’aligner consciemment sur cet ordre divin.
Pour nous empêcher de trébucher, Dieu a mis en place trois balances fondamentales (Mizan) :
- Le Mizan cosmique, qui régit l’univers entier.
- Le Mizan moral, que nous avons le devoir de fortifier et d’imposer à notre propre comportement par la pratique de l’adoration.
- Le Mizan économique.
Si nous contemplons notre époque, nous constatons avec effroi que la quasi-totalité des désordres mondiaux découle d’un déséquilibre éthique et économique. Nous vivons dans un monde terrifiant où des individus sont repus jusqu’à l’indigestion pendant que d’autres meurent de faim. Pire encore, on y encourage de manière systématique tout ce qui détruit la nature originelle (Fitrah) de l’être humain, dans le but abject de le rabaisser au stade de bête dénuée de raison, qu’il devient alors infiniment plus facile de chevaucher, de manipuler et de dominer.
Face à cette entreprise de destruction de l’âme, le Paradis a été entouré de choses désagréables, car ce que nous détestons est souvent un bien pour nous. La clé de voûte de notre réussite dans cette vie est la patience. La crainte de Dieu est notre ultime rempart pour ne pas dépasser les limites envers nous-mêmes et envers autrui. Dépasser les limites envers soi-même, c’est devenir intérieurement chaotique, balloté au gré des tempêtes de ses propres passions, telle une plume emportée par le vent. La raison doit impérativement lier nos désirs, et la volonté doit les contrôler. Quant au dépassement des limites envers autrui, il survient lorsque nos envies infinies nous poussent à transgresser les droits et les biens des autres. Ainsi, en plus de la conscience morale implantée en nous, c’est la crainte de Dieu qui empêche l’homme de devenir un prédateur pour son prochain.
III. L’essence de l’adoration : Qualité, Présence divine et Compréhension
Celui qui saisit pleinement la sagesse et l’utilité du jeûne et de la prière abordera ces actes avec une grande énergie. Comme le souligne le poète : « Si la guidance s’installe dans un cœur, les membres du corps s’activent promptement pour l’adoration ». La base de toute droiture, c’est cette connaissance. Celui à qui l’on a donné la sagesse a reçu un bien immense.
À l’inverse, si l’intention est corrompue et déviante, l’adoration est vaine. Si un homme agit uniquement par hypocrisie sociale (Riya’), cherchant l’approbation des gens ou agissant par simple conformisme communautaire sans aucune présence de Dieu dans son cœur, il ne tire absolument aucun bénéfice de ses actes. Le fondement d’une intention pure, c’est la conscience aiguë de la présence de Dieu. L’adage dit : « Celui qui a connu son âme a connu son Seigneur » ; en réalisant qu’il est profondément limité et que tout ce qu’il possède est créé, l’homme se tourne vers Dieu, l’Éternel, de qui tout dépend.
Dieu n’est pas confiné au seul mois de Ramadan, Il n’est pas limité à un instant précis ou à un lieu particulier !. La conscience de Sa présence doit irradier chaque aspect de notre âme et de nos actions. Que je me lève, que je m’assoie, que je m’incline ou que je me prosterne, je ne peux mouvoir mon corps que par la force et la puissance absolues de Dieu, car toute la force Lui appartient et Sa science englobe toute chose. Lorsque l’on réalise cette vérité vertigineuse, on saisit le sens de la parole de l’Imam Zayn al-Abidin, que la paix soit sur lui : « Chaque fois que je Te dis ‘Louange à Toi’, ce bienfait même m’oblige à Te dire à nouveau ‘Louange à Toi’ ». Chaque acte d’obéissance que j’accomplis n’est réalisable que par Sa force et Sa guidance divine.
Sans cette connaissance, l’adoration devient un fardeau insoutenable. Historiquement, Salih, le propre fils du calife Harun al-Rashid, détestait profondément le mois de Ramadan. Aujourd’hui encore, de nombreuses personnes n’attendent qu’une chose : la fin de ce mois pour en être enfin débarrassées !. Pourquoi ? Parce qu’elles n’en comprennent pas les bénéfices spirituels incommensurables ; elles n’y voient absolument rien d’autre qu’une succession de faim, de soif et d’épuisement. La science appelle l’action : si l’action répond, la science reste, sinon, elle finit par déserter l’individu.
Le Coran définit l’objectif central du jeûne en ces termes : « Afin que vous atteigniez la piété (Taqwa) ». De la même manière, il affirme que la prière a pour fonction de préserver l’homme de la turpitude et des actes blâmables. Si la piété n’est pas atteinte au terme de ces trente jours, cela signifie sans équivoque que le jeûne n’a pas porté ses fruits et qu’il n’a pas atteint son objectif. Nous sommes engagés dans une guerre totale contre nos désirs, contre nos passions aveugles et contre toutes nos faiblesses intérieures. Gagner cette guerre, c’est utiliser le jeûne comme une forteresse contre les péchés, en se barricadant derrière un arsenal puissant d’actes d’obéissance, propulsés par une volonté inébranlable et une entière confiance en Dieu.
IV. Le Grand Bilan (Kashf Hisab) du Ramadan
Nous approchons de la fin du mois. Considérons ce moment précis comme l’heure d’établir le grand bilan éthique et spirituel de toute notre année. Exactement comme le commerçant qui, à la clôture de son exercice annuel, dresse l’état précis de ses pertes et de ses profits, le jeûneur a l’obligation de se poser cette question vitale : Qu’ai-je réellement gagné dans ce mois ?.
Passons au crible ce grand inventaire de l’âme :
1. Le bilan de la piété et de la volonté : Ai-je réussi à maîtriser la violence de mes désirs ? Ai-je bridé mon regard pour le détourner de l’illicite, et ai-je protégé mes oreilles de tout ce qu’il est interdit d’écouter ?. L’abandon du haram m’est-il devenu plus aisé ?. Le niveau de ma patience face à l’adversité a-t-il augmenté ?. Durant le Ramadan, nous avons prouvé que nous étions capables de reporter nos désirs : nous avions envie de manger, mais nous avons attendu l’heure précise de l’Iftar, bien que cette nourriture nous fût parfaitement permise avant le mois de jeûne. Ce qui était halal est devenu momentanément haram la journée. Cette capacité à différer nos pulsions doit s’étendre à l’affaiblissement de nos pires habitudes destructrices, comme le tabagisme. Il est désolant de voir certains individus, esclaves de leur dépendance, attendre fébrilement l’heure de la rupture avec une cigarette à la main, prêts à fumer avant même d’avoir rompu leur jeûne avec de la nourriture !. Le Ramadan devait être l’outil pour briser ces chaînes.
2. Le bilan de la colère et de la langue : Certains utilisent honteusement leur état de jeûne pour justifier leurs accès de fureur et tyranniser ceux qui sont sous leur autorité, qu’il s’agisse des membres de leur famille ou de leurs employés. Mais pire encore est le fléau du bavardage excessif. Rappelez-vous les paroles pleines de sagesse de l’Imam, que la paix soit sur lui : « Celui dont le discours augmente, ses erreurs augmentent ; et celui dont les erreurs augmentent, sa pudeur diminue ; et celui dont la pudeur diminue, sa piété recule ; et celui dont la piété recule, son cœur meurt ; et celui dont le cœur meurt entrera en Enfer ». Ce mois devait mettre fin aux médisances, aux ragots et à la destruction de la réputation d’autrui.
3. Le bilan moral et de la sagesse (Hilm) : La tradition est claire : « Celui qui ne délaisse pas les propos mensongers et les actions qui vont avec, Dieu n’a que faire qu’il abandonne sa nourriture et sa boisson ». Avons-nous abandonné les disputes inutiles, ces joutes verbales qui n’ont pour unique but que de flatter l’ego et de dominer l’autre, plutôt que de faire éclater la vérité ?. Il est essentiel d’acquérir la sagesse de savoir quoi dire, quand le dire, comment le dire et à qui le dire. Face à une personne obstinée sur qui aucun conseil ne produit d’effet, le devoir de recommander le bien et d’interdire le mal tombe, et il vaut mieux s’abstenir, bien que parfois le rappel puisse bénéficier plus tard. Avez-vous accru votre indulgence (Hilm) et votre calme ? L’homme véritablement fort n’est pas le plus rapide ou le plus violent, c’est celui qui parvient à maîtriser ses nerfs sous le feu de la colère. Face aux provocations de l’ignorant, la seule réponse digne des serviteurs du Miséricordieux est la paix.
4. Le bilan de la prière et de la méditation : La prière à son heure prescrite est-elle devenue une seconde nature pour moi ? Ai-je pu goûter à la douceur et à l’extase de l’invocation (Dua) ?. Laissez-moi vous mettre en garde contre un piège redoutable : l’obsession de la quantité au détriment de la qualité. La qualité (le Kayf) est infiniment supérieure à la quantité (le Kamm) !. Il est déplorable de voir une personne lire des dizaines de pages du Coran en étant au bord de l’épuisement, le regard rivé sur sa montre, comptant impatiemment les pages restantes. Il vaut mille fois mieux lire une seule page avec sincérité, humilité, conscience éveillée et soumission totale à Dieu. C’est avec la même tristesse que j’observe ces assemblées où de longues invocations en arabe sont récitées devant des foules qui n’en comprennent pas un seul mot. À quoi bon une prière si elle reste désespérément bloquée sur les lèvres, sans jamais réussir à descendre pour irriguer et transformer le cœur ?.
5. Le bilan de la Miséricorde (Le sommet de la religion) : Le jeûne était censé dompter l’appétit de l’estomac. N’oubliez pas que Satan lui-même a confessé au prophète Yahya (Jean-Baptiste) que la satiété et l’excès de nourriture étaient ses portes d’entrée privilégiées pour corrompre l’âme humaine ; ce qui poussa ce grand prophète à faire le serment de ne plus jamais manger à satiété de toute sa vie. Ce mois doit nous libérer de la gloutonnerie et nous ouvrir la voie à la compréhension profonde du Coran.
Mais au-delà, le point culminant absolu de l’adoration, c’est la Miséricorde (Marhamah). Le Coran décrit la terrible épreuve de « franchir l’obstacle » (Al-Aqabah) : cela implique de libérer un esclave, ou de nourrir un orphelin proche ou un miséreux accablé par la poussière lors d’une journée de grande famine, et de s’enjoindre mutuellement la patience et la miséricorde. Avoir de la compassion pour les êtres humains est l’apogée de la religion. La faim que nous avons éprouvée a pour vocation de nous faire ressentir physiquement la douleur atroce des pauvres et de ceux qui ont le ventre vide. Par la privation, nous réalisons l’immensité des bienfaits divins. Les choses ne révèlent leur véritable valeur que par leur absence. De la même manière que l’on ne comprend pleinement l’importance d’un véritable ami que lorsqu’il vient à disparaître, la privation d’eau et de nourriture tout au long de la journée nous fait prendre conscience, à la seconde même de l’Iftar, de ce trésor inestimable dont nous bénéficions le reste de l’année sans y prêter attention.
V. La tragédie absolue du cœur endurci
Cette miséricorde et cette empathie sont nos seuls boucliers contre la pire des malédictions : l’endurcissement du cœur. Malheur, mille fois malheur à ceux dont les cœurs se sont durcis contre le rappel de Dieu !.
La dureté de cœur, c’est l’essence même de cet homme qui osait se vanter devant le Prophète, que la prière et la paix soient sur lui, de n’avoir jamais embrassé un seul de ses enfants au cours de sa vie. C’est cette atrocité indicible qui poussait les hommes à l’époque de la Jahiliyyah (l’âge de l’ignorance) à enterrer leurs enfants vivants, par peur de la misère, ou à enterrer leurs filles par peur du déshonneur. Un homme capable de tels actes possède un cœur de pierre, même s’il prétend s’être converti à l’Islam, car il porte en lui les germes de la cruauté originelle.
Comment notre cœur s’endurcit-il aujourd’hui ? Il y a des poisons spirituels très précis que nous devons fuir :
- L’accumulation incessante des péchés : Chaque faute non repentie ajoute une couche de rouille sur le cœur.
- La fréquentation des sots : Passer son temps avec des individus qui ont trahi le dépôt de la raison que Dieu leur a confié corrompt inévitablement l’âme.
- La mixité excessive et frivole : Les assemblées mondaines où hommes et femmes se mélangent sans aucune retenue et où le regard n’est plus contrôlé sont le fléau de nos sociétés modernes.
- La fréquentation des « morts » : Le Prophète a expliqué que les « morts » sont ces individus noyés dans le luxe et le matérialisme absolu, qui ne consacrent jamais une seule seconde à œuvrer pour leur au-delà.
- La cruauté gratuite envers la création : L’Imam Ali a reçu l’ordre explicite du Prophète d’éviter de chasser par simple divertissement. Tuer un animal sauvage pour le seul frisson du jeu, sans aucune nécessité de s’en nourrir, et pire encore, jeter sa dépouille sans même l’offrir aux pauvres, est une pratique strictement interdite (haram) en Islam.
- S’aplatir aux portes du pouvoir : Courir après les faveurs des rois et des dirigeants injustes, en sacrifiant les principes de sa religion par complaisance pour le souverain. Notre histoire islamique a été profondément meurtrie par le pouvoir monarchique oppressif, en totale violation avec les règles de l’Islam. Et le jugement divin est terrifiant : ceux qui ne jugent pas selon la révélation de Dieu sont qualifiés dans le Coran de « Zalimun » (injustes), de « Fasiqun » (pervers) et de « Kafirun » (mécréants).
VI. Le péril de l’après-Ramadan et le spectre de la rechute
La question ultime qui résume tout notre propos est la suivante : Êtes-vous sortis de ce mois de Ramadan en étant des êtres humains fondamentalement meilleurs que lorsque vous y êtes entrés ?. Si votre jeûne n’a été qu’une coquille vide et formelle sans effleurer votre âme, alors c’est un échec cuisant. S’il a engendré une petite amélioration, c’est un modeste succès. Mais s’il a opéré une métamorphose profonde de votre personnalité, alors c’est le triomphe absolu !. Les sages disaient avec raison : « L’Aïd n’est pas la fête de celui qui porte des vêtements neufs ; la véritable fête est pour celui qui émerge du mois de Ramadan doté d’un cœur entièrement renouvelé ».
Nous devons absolument établir un plan pour consolider nos acquis. Le Ramadan, dans la vision islamique, n’est en aucun cas un événement purement saisonnier dont l’impact s’évanouirait à la seconde où le mois s’achève. Il s’agit d’une école éducative intensive dont l’onde de choc doit se propager tout au long de l’année. La question centrale est : Que restera-t-il du Ramadan après le Ramadan ?. Ce mois nous a brutalement rappelé que la vie ne se résume pas au matérialisme, à la nourriture et au travail ; Dieu n’a créé les djinns et les hommes que pour L’adorer.
Durant ce mois, nous avons réappris la discipline et l’organisation. Fini le temps de veiller toute la nuit pour s’empiffrer sans cesse, telles des bêtes qui ruminent. Cependant, nous devons prendre garde aux dérives qui ont pu ternir notre Ramadan : chercher à fuir la faim en dormant toute la journée, succomber à la paresse mortelle dans l’adoration, ou sombrer dans l’addiction ravageuse aux téléphones portables. Avec les abonnements illimités d’aujourd’hui, certains gaspillent des heures en bavardages futiles et en ragots, au lieu de consacrer ce temps précieux à la méditation et au souvenir de Dieu. Un homme qui vit sa vie sans prendre le temps de s’arrêter pour méditer ne pourra jamais faire l’inventaire de son âme. L’Islam valorise suprêmement le Tafakkur (la méditation) ; le Coran fait l’éloge de ceux qui évoquent Dieu debout, assis ou couchés, et qui méditent profondément sur la création des cieux et de la terre. Sans cette contemplation, il est impossible de saisir la grandeur et la sagesse insondables de Dieu.
Le baromètre absolu pour savoir si Dieu a accepté votre jeûne, c’est d’observer si votre bonne action en entraîne naturellement une autre à sa suite. Si, au contraire, vos péchés appellent de nouveaux péchés, alors craignez pour vous-mêmes.
Il existe malheureusement des gens qui attendent avec frénésie la fin du mois pour retourner s’embourber dans leurs vices. Ils reprennent à leur compte ce vers de poésie : « Le Ramadan s’en est allé, alors apporte-moi la coupe de vin, ô échanson ! ». Dès l’instant où le mois se termine, ils se ruent sur l’alcool et retournent à leur désobéissance. Ces personnes ignorantes n’ont rien récolté d’autre que la faim et la soif, et elles incarnent le danger absolu de la rechute et de l’apostasie spirituelle. Elles s’imaginent, que Dieu nous en préserve, que le Créateur n’existe que durant le mois de Ramadan, ou qu’Il est emprisonné entre les quatre murs de la mosquée, et qu’une fois sortis de ce lieu et de ce temps, tout leur est permis.
La loi spirituelle est implacable : « Celui qui n’avance pas pendant les jours d’effort régressera inévitablement pendant les jours de relâchement ». Si nous ne fixons pas en nous les vertus acquises par l’entraînement de ce mois, nous retournerons à la vitesse de l’éclair à nos pires habitudes. C’est par la répétition inlassable que nos actes d’obéissance se transformeront en une seconde nature, en une conscience morale permanente.
Les adieux déchirants et nos ultimes suppliques
C’est avec le cœur serré que nous devons faire nos adieux à ce mois sacré. Écoutez la parole de l’Imam Ali, que la paix soit sur lui, lorsqu’il fit ses adieux au Ramadan : « Puisque ce mois nous tourne le dos et annonce son départ, que chacun dise : Ô mon Dieu, ne fais pas que ce soit notre dernier Ramadan ; et si Tu as décrété que ce serait le dernier, accorde-moi Ta miséricorde et ne me prive pas de Ta grâce ».
De même, dans la Sahifa Sajjadiyya, l’Imam Zayn al-Abidin saluait avec un immense chagrin le départ de ce mois en déclarant : « Que la paix soit sur toi, ô plus grand mois de Dieu, et ô fête (Aïd) de Ses alliés bien-aimés… Nous le quittons avec la douleur de la séparation, et son départ nous plonge dans la tristesse ».
Le Prophète de Dieu, que la prière et la paix soient sur lui et sa famille, a juré que si l’humanité saisissait véritablement l’immensité de ce que renferme le mois de Ramadan, elle souhaiterait ardemment qu’il dure toute l’année. Il a également averti : « Même si son nez doit être traîné dans la poussière, malheur à l’homme qui traverse le Ramadan sans avoir obtenu le pardon divin », car c’est l’occasion par excellence où les récompenses sont multipliées.
L’Imam Sadiq a dit : « C’est un mois où un groupe a triomphé et gagné, et où un autre a échoué et tout perdu ». Et l’Émir des Croyants, Ali, a proclamé : « L’Aïd n’est véritablement une fête que pour celui dont Dieu a accepté le jeûne et remercié les prières. Bienheureux celui qui sort de ce mois pardonné, et malheur à celui qui en ressort tel qu’il y est entré ».
Pour terminer cette exhortation, j’élève mes mains et mes prières vers le Maître des cieux et de la terre : Ô notre Dieu, nous Te supplions de faire preuve d’une infinie miséricorde envers les musulmans qui jeûnent, mais qui sont aujourd’hui violemment déplacés de leurs foyers, jetés sur les routes, réfugiés et sans abri. Ô Dieu, allège leurs intolérables douleurs, guéris leurs blessures profondes, et repousse loin d’eux les complots perfides de leurs ennemis, ô Seigneur de l’univers.
Fais de nous, ainsi que d’eux, des êtres victorieux dont Tu as agréé le jeûne et les veillées. Pardonne-nous nos immenses fautes, accepte le peu que nous T’offrons et efface nos nombreuses transgressions, ô Toi le plus miséricordieux des miséricordieux.
Notre ultime invocation est de louer Dieu, le Seigneur des mondes. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous, et que Dieu accepte vos bonnes œuvres.
