Sermon du Vendredi 26 Juin 2026 – 11 Muharram 1448

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux.

Louange à Dieu, le Seigneur des mondes, et que les prières les plus pures et la paix la plus sincère soient sur le Messager de la miséricorde, le Prophète de l’univers, Mohammad, ainsi que sur les membres bons et purifiés de sa famille.

Que la paix soit sur toi, ô mon Maître, ô Aba Abdillah, ainsi que sur les âmes qui ont fait halte dans ta cour et se sont agenouillées à tes côtés. Que la paix de Dieu soit sur vous à jamais, tant que je vivrai et que dureront le jour et la nuit. Que la paix soit sur Hussein, sur Ali fils de Hussein, sur les compagnons de Hussein et sur les enfants de Hussein, et que la miséricorde de Dieu et Ses bénédictions vous accompagnent tous.

Mes frères, mes sœurs, je me tiens devant vous aujourd’hui pour plonger, avec une profondeur renouvelée et une exhaustivité absolue, dans les leçons intemporelles de notre histoire spirituelle. Ce dont je veux vous parler n’est pas un simple récit théorique, ni une fable mythologique ou imaginaire ; c’est un miroir dans lequel chacun de nous doit se regarder, aujourd’hui, pour interroger sa propre conscience.

Nous allons retourner ensemble à cet instant d’une intensité insoutenable où Shimr bin Ziljoshan, dans sa cruauté, s’est interposé entre l’Imam Hussein et sa famille bien-aimée. Face à cette tragédie, l’Imam a prononcé des mots qui, encore aujourd’hui, déchirent le voile du temps : « Malheur à vous, partisans d’Abou Soufyan ! Si vous n’avez pas de religion et que vous ne craignez pas le jour du Jugement, soyez au moins des hommes libres dans ce monde et revenez à vos valeurs ancestrales si vous êtes véritablement Arabes, comme vous le prétendez ». À travers cette déclaration magistrale, l’Imam Hussein nous livre une analyse psychologique, sociologique et spirituelle complète de la nature humaine et des conditions mêmes du dialogue entre les hommes.

Les Deux Piliers Fondamentaux de l’Humanité

Arrêtons-nous d’abord sur l’essence même de nos interactions sociales. Pour que deux êtres humains puissent se parler, se comprendre et résoudre un différend, l’Imam Hussein nous enseigne qu’il faut nécessairement que l’un des deux piliers suivants soit présent chez notre interlocuteur.

Le premier pilier est la religion et la crainte de l’au-delà. Si vous êtes en conflit avec un individu et que vous partagez tous deux la foi, vous savez que cette personne redoute le Jugement dernier, qu’elle craint de devoir rendre des comptes à Dieu. Cette terreur sacrée de l’au-delà agit comme un frein moral puissant ; elle garantit qu’un accord juste est toujours possible, car la religion pose des limites claires et indiscutables.

Mais que faire si l’homme en face de vous se moque de la religion ? S’il est dénué de toute foi ? C’est ici que l’Imam Hussein invoque le second pilier : la liberté dans ce monde, ce que nous appelons aujourd’hui la liberté de conscience. Même dépourvu de spiritualité, un individu peut posséder une conscience éveillée, un sens éthique, un honneur personnel. Si son cœur n’est pas mort, s’il a une conscience qui le tiraille, alors le dialogue demeure ouvert sur la base de la moralité humaine.

La véritable tragédie, le drame absolu, se produit lorsque ces deux piliers s’effondrent simultanément. Si un homme, ou pire, une nation entière, ne craint plus Dieu d’une part, et perd toute conscience morale d’autre part, comment pouvez-vous encore interagir avec lui ?. Comment négocier avec celui qui n’a plus ni divin, ni humanité ?. C’est face à ce vide effrayant que s’est retrouvé l’Imam Hussein, face à une foule innombrable venue assassiner délibérément le petit-fils de son propre Prophète.

L’Échec de l’Argument Religieux : La Mort Spirituelle d’une Nation

Face à cette armée en perdition, l’Imam Hussein a fait preuve d’une pédagogie et d’une patience infinies. Il a commencé par le premier niveau : le rappel religieux, puisque cette foule se prétendait musulmane et priait Dieu. Il s’est avancé pour débattre avec eux et a fait appel aux textes sacrés.

Il leur a demandé, avec une clarté absolue : « Ne vous est-il pas parvenu ce que le Messager de Dieu a dit à mon propos et à celui de mon frère : « Ces deux-là sont les maîtres de la jeunesse du Paradis » ? ». Pour s’assurer qu’ils ne puissent plaider l’ignorance, l’Imam a même énuméré les noms des compagnons du Prophète, encore en vie, qui pouvaient témoigner de ces paroles : Jabir bin Abdullah Al-Ansari, Abu Saeed Al-Khudri, et d’autres. Il leur a demandé : « Cela ne constitue-t-il pas pour vous un obstacle suffisant pour ne pas verser mon sang ? ».

Mais imaginez le niveau de déchéance de cette communauté. Soixante années seulement s’étaient écoulées depuis la mort du Prophète, et pourtant, le texte religieux ne signifiait déjà plus rien pour eux. Leur réaction face aux paroles prophétiques était d’une froideur mortelle. Le conférencier nous rappelle très justement que nous pouvons observer ce même phénomène aujourd’hui : lorsque vous rappelez à certaines personnes l’obligation religieuse de maintenir les liens de parenté, elles vous regardent avec indifférence et vous répondent que « cela ne leur dit rien ». L’armée de Karbala avait atteint ce même stade de surdité spirituelle où le divin n’avait plus aucune prise sur leur cœur.

L’Effondrement de l’Honneur et de l’Identité Culturelle

Devant l’échec total de l’argument spirituel, l’Imam Hussein, dans sa sagesse, est descendu d’un cran. Puisque la religion ne les touchait plus, il a fait appel à leur identité, à ce qui faisait leur fierté au quotidien : les traditions et coutumes arabes.

Dans la société arabe de l’époque, deux éléments représentaient des lignes rouges absolues, des piliers d’honneur inviolables : le respect du lignage (les généalogies) et l’interdiction stricte du meurtre injustifié. L’Imam les a donc interpellés sur leur propre terrain culturel : « Ne suis-je pas le fils de la fille de votre Prophète ? ». Les Arabes tiraient une vanité immense du simple fait d’avoir parmi eux un descendant du Prophète ; ils s’en glorifiaient sans cesse. Et Hussein leur rappelle cette vérité aveuglante : « Par Dieu, entre l’Orient et l’Occident, il n’y a parmi vous, ni ailleurs, aucun autre fils de la fille d’un Prophète en dehors de moi ! ».

Puis, abordant la question du meurtre, il invoque la loi du talion, la justice coutumière la plus basique de la Jahiliyya (la période préislamique) et de l’Islam : « Me cherchez-vous pour venger le sang de l’un des vôtres que j’aurais tué ? Ou pour réclamer des biens que je vous aurais pris ? Ou pour des blessures exigeant réparation ? ». Quelle fut leur réponse ? Le vide. Le silence le plus total. « Ils ne lui répondirent pas ». Même les coutumes ancestrales, même la fierté tribale et l’honneur de la nation arabe s’étaient évaporés.

L’Agonie de la Conscience : Le Déni et l’Humiliation

Ni la religion, ni la tradition ne fonctionnant, quel recours restait-il ? L’Imam a tenté de réveiller la fibre la plus intime de l’être humain : la simple conscience morale, l’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire.

Il s’est adressé à eux non plus comme à une masse, mais en tant qu’individus responsables. Il a interpellé leurs chefs par leurs noms : « Ô Hajjar bin Abjar ! Ô Zaid bin Al-Harith ! Ô Yasi bin Raba’i ! Ô Qais bin Al-Ash’ath ! ». Il leur a rappelé leurs propres actes : « Ne m’avez-vous pas écrit de venir ? Ne m’avez-vous pas dit que les fruits étaient mûrs, que la terre était verdoyante, et que je viendrais rejoindre une armée prête à me servir ? ».

La réponse de ces hommes illustre le summum de la lâcheté et du déni moral : « Nous n’avons pas fait cela », osèrent-ils répondre, mentant de manière éhontée. Face à cette mauvaise foi absolue, l’Imam Hussein, détenteur de la vérité, a jeté à leurs pieds les lettres mêmes qu’ils lui avaient envoyées, portant leurs sceaux et leurs signatures.

Constatant que toute humanité les avait désertés, l’Imam fit une requête d’une simplicité et d’une noblesse poignantes. Puisque vous m’avez trahi, puisque vous ne voulez plus de moi, fit-il valoir, accordez-moi au moins ce reste de chevalerie et de pudeur : « Laissez-moi repartir sur la vaste terre de Dieu ». Même cela, ce droit fondamental de se retirer, lui fut refusé. Leur unique réponse, obstinée et dénuée de toute raison, fut une injonction aveugle : « Non, soumets-toi au jugement de l’Émir ».

La Preuve Tangible : Quand les Reliques Saintes Ne Suffisent Plus

L’Imam avait épuisé tous les arguments intellectuels, textuels, coutumiers et éthiques. Son auditoire était incapable de comprendre la théorie ou la raison. Il est alors passé à une démonstration purement matérielle, visuelle, physique. Imaginez cette scène bouleversante, mes frères et sœurs.

Puisque les mots ne résonnaient plus, l’Imam Hussein est retourné à sa tente et s’est revêtu des reliques les plus sacrées de l’Islam. Il a coiffé le turban même du Messager de Dieu. Il a ceint l’épée du Prophète. Il s’est enveloppé dans la propre abaya (manteau) du Messager de Dieu. Ainsi paré de l’aura physique du Prophète de l’Islam, il s’est avancé vers cette mer humaine, espérant qu’à la vue de ces objets bénis, une once de pudeur ou de honte se réveillerait dans leurs âmes.

Il leur a demandé : « N’est-ce pas là le turban du Messager de Dieu que je porte ? N’est-ce pas là son manteau dont je suis revêtu ? N’est-ce pas là l’épée du Messager de Dieu que j’ai ceinte ? Cela ne suffit-il pas à retenir vos mains de verser mon sang ? ». Ils n’ont pas nié l’évidence. Ils ont répondu : « Si, c’est bien le turban, l’épée et le manteau du Messager de Dieu. Mais… soumets-toi au jugement de l’Émir ».

Ils répétaient cette phrase comme des automates, prouvant qu’ils ne voulaient plus négocier, ni débattre, ni réfléchir. Comment expliquer qu’un homme puisse s’avancer, avec une fierté macabre, et exiger que l’on témoigne auprès de l’Émir qu’il fut le tout premier à décocher une flèche sur le camp de la famille du Prophète ?. Quelles étaient les priorités de cet homme ? Quelle était sa boussole morale ?. L’Islam, les principes, la révélation, le Coran : plus rien de tout cela n’avait de valeur à ses yeux. Son unique critère de réussite dans la vie était devenu la satisfaction d’un souverain corrompu.

La Lente Ingénierie de la Déviation Satanique

Cette déchéance vertigineuse nous amène à une question fondamentale : comment des centaines de milliers de personnes ont-elles pu s’unir pour massacrer le petit-fils de leur Prophète, tout en étant intimement persuadées qu’elles se rapprochaient de Dieu par cet acte ?.

La réponse réside dans la compréhension de la méthodologie de Satan. Le mal ne s’installe jamais brutalement. La déviation spirituelle n’est pas un événement soudain ; c’est un processus lent, insidieux, une véritable ingénierie de la destruction. Satan ne vous demande pas, du jour au lendemain, de commettre l’irréparable. Il se contente de glisser une petite idée dans votre esprit aujourd’hui. Vous vous dites peut-être aujourd’hui : « Ce texte religieux ne me concerne pas vraiment », ou « Cette règle éthique n’est pas si importante ».

C’est ainsi que Satan opère. Lorsqu’il décide de vous faire chuter, il ne planifie pas nécessairement votre chute pour le jour même. Il élabore un plan sur cinq ans, sur dix ans. Il décore le péché, il le justifie, il l’embellit jour après jour, étape par étape, sans aucune précipitation. Son seul objectif est qu’un jour, vous tombiez. Il ne combat pas au jour le jour, il bâtit patiemment la ruine de votre âme.

Le Paradoxe des Bonnes et Mauvaises Actions

Pour illustrer l’incroyable complexité de cette guerre intérieure, laissez-moi partager avec vous un hadith bouleversant de l’Imam Al-Sadiq, que je méditais encore hier avec des frères. L’Imam nous dit une chose qui défie notre compréhension première : « Un homme peut entrer en Enfer à cause d’une bonne action, et il peut entrer au Paradis grâce à une mauvaise action ».

Choqué par ce paradoxe, on demanda à l’Imam comment une telle chose était possible. L’Imam Al-Sadiq expliqua : un homme peut accomplir une œuvre de bien, une action pieuse, mais cette action fait naître dans son cœur de l’arrogance, de la vanité (Al-Ujb), de l’orgueil. Il se croit supérieur, il se pense sauvé. C’est cet orgueil, né d’une bonne action, qui le précipite dans le feu de l’Enfer.

À l’inverse, il arrive qu’un homme trébuche et commette un péché. Mais ce péché déclenche en lui un tremblement intérieur, une terreur de la colère divine. Il se repent sincèrement, il pleure, il revient vers Dieu avec une humilité brisée. Ce péché devient alors le point de départ de son salut, l’élément moteur de son entrée au Paradis.

Que devons-nous en conclure ? Que la bataille contre Satan n’est jamais terminée. Si vous faites le bien, ne croyez surtout pas que Satan vous a abandonné et que la guerre est gagnée. Et si vous tombez dans le péché, ne croyez pas non plus que la guerre est définitivement perdue. C’est une lutte de chaque instant, continue et implacable. C’est cette vigilance qui a manqué à la nation de Karbala.

Karbala, un Miroir Effrayant pour Notre Époque

Ne croyez surtout pas, mes frères et sœurs, que les événements de l’époque des Omeyyades sont de l’histoire ancienne, déconnectés de notre réalité. Je vous le dis avec la plus grande des gravités : ce qui s’est produit à l’époque de l’Imam Hussein n’est rien, absolument rien, comparé à la déchéance que nous observons aujourd’hui.

Permettez-moi d’utiliser un terme fort, mais nécessaire : la « prostitution politique », la compromission morale et la corruption spirituelle auxquelles nous assistons dans notre monde contemporain dépassent des millions de fois ce qu’ont accompli les Omeyyades. La chute de l’humanité est sans fin. Elle n’a pas de limite inférieure, pas de fond sur lequel on pourrait rebondir ; elle s’enfonce continuellement dans les abîmes.

Face à ce constat terrifiant, nous devons nous imposer une introspection permanente. Nous devons nous demander, dans le secret de nos cœurs : les versets du Coran, les nobles paroles du Prophète, les traditions divines, les avis juridiques et les principes moraux ont-ils encore un poids réel dans notre vie quotidienne ?. Sommes-nous encore habités par cette crainte révérencielle (le Wara’) qui nous oblige à respecter scrupuleusement les lois de Dieu et à briller par ces lumières divines ?.

La Véritable Définition de la Foi

Pour conclure cette longue réflexion, rappelons-nous la définition magistrale que le Prophète de l’Islam a donnée de la foi. Lorsqu’on l’a interrogé sur ce qu’était l’essence de la foi, il a répondu par une formule d’une perfection absolue : « La foi, c’est que Dieu ne te cherche pas là où Il t’a ordonné d’être, et qu’Il ne te trouve pas là où Il te l’a interdit ». Être toujours présent à l’appel du devoir, et toujours absent du lieu de la désobéissance.

C’est par ce contrôle permanent de nos âmes, par cette surveillance de chaque instant, que nous pourrons nous préparer véritablement. C’est à ce prix seulement que nous pourrons accomplir notre devoir divin, faire preuve d’une préparation sans faille, et avoir l’immense honneur d’être comptés parmi les partisans, les alliés et les soldats de notre Maître, l’Imam de notre temps, l’Imam Al-Mahdi, que les prières de Dieu soient sur lui.

Je prie Dieu, le Tout-Puissant, de nous maintenir fermement sur cette religion de droiture. Je Le supplie de ne pas nous faire quitter ce monde éphémère sans qu’Il ne soit pleinement satisfait de nous.

Je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous tous. Que la paix, la miséricorde infinie de Dieu et Ses bénédictions vous accompagnent toujours.


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