L’Appel de la Conscience et le Devoir de l’Âme : De l’Illusion de la Piété Solitaire à la Résilience Triomphante de la Nation
I. Invoquer la Miséricorde au Cœur de l’Amertume et des Ténèbres
Je souhaite ardemment, avant toute autre considération, que chacun d’entre vous, mes frères et sœurs, puisse trouver le repos profond, la paix intérieure et la tranquillité de l’âme. En ces instants d’une solennité absolue, nous levons nos mains, nos regards et nos cœurs pour prier Dieu, béni et exalté soit-Il, d’accepter les actions, les efforts et les œuvres de chacun d’entre nous avec la meilleure et la plus belle des acceptations. Nous Lui demandons avec une ferveur inébranlable de nous compter parmi ceux qui ont été enveloppés, touchés et baignés par Sa miséricorde infinie tout au long de ces jours et de ces nuits bénis. Que Dieu, dans Son immense clémence, nous inscrive définitivement parmi les personnes graciées, et qu’Il nous préserve, par Sa toute-puissance, d’être comptés parmi les malheureux, les affligés et les privés qui n’auraient pas obtenu le privilège immense de Son pardon en ces temps sacrés.
Je vous adresse à toutes et à tous, du plus profond de mon être, mes vœux les plus sincères pour cette fête : que chaque année vous trouve en bonne santé, dans l’élévation et dans le bien. Je prononce ces vœux en ayant une conscience aiguë et douloureuse de la réalité tangible qui nous entoure ; je vous les présente malgré l’amertume indéniable des jours et la dureté extrême, voire insoutenable, des circonstances que traverse actuellement notre nation tout entière et que subissent de plein fouet nos sociétés islamiques. Quoi qu’il en soit, et face à l’adversité, notre foi nous impose l’espérance absolue : nous supplions Dieu de remplacer ces jours difficiles et ténébreux par des jours bien meilleurs, et ces nuits d’épreuve par des nuits plus clémentes, lumineuses, qui nous rapprocheront immanquablement de Lui, le Très-Haut.
II. La Philosophie Magistrale du « Takleef » : La Joie Transcendantale du Devoir Accompli
Il est une parole célèbre, profondément ancrée dans notre tradition millénaire, prononcée par notre noble Prophète, que la paix soit sur lui, une parole qui résonne avec une acuité particulière aujourd’hui : « Le jeûneur connaît deux joies : une joie au moment de rompre son jeûne et une joie lorsqu’il rencontre son Seigneur ». Il est d’une évidence limpide pour tout esprit croyant que la joie ressentie lors de la rencontre avec le Seigneur provient du fait que Dieu nous comblera de Ses récompenses incommensurables et de Ses dons immenses, comme Il l’a Lui-même affirmé dans ce célèbre propos sacré : « Le jeûne est pour Moi, et c’est Moi qui le récompense ».
Cependant, arrêtons-nous un long moment sur la première joie, celle qui est ressentie au moment précis de la rupture du jeûne. Les grands savants de notre Oumma nous ont apporté une explication d’une profondeur inouïe que vous connaissez sûrement : cette joie transcende infiniment le simple soulagement physique de s’alimenter ; elle est, en réalité, la joie suprême de l’accomplissement du devoir, la joie intime, intellectuelle et spirituelle du « Takleef ». C’est la satisfaction absolue de constater que Dieu, exalté soit-Il, nous a accordé le succès, la patience et la force nécessaires pour honorer, assumer et accomplir cette obligation sacrée qu’Il nous avait prescrite.
Il est fondamental et impératif de comprendre que cette allégresse liée à l’accomplissement du devoir n’est absolument pas l’apanage exclusif du mois de jeûne. Non, elle irradie, s’étend et s’applique rigoureusement à chaque obligation que Dieu a placée sur nos épaules. Lorsque nous accomplissons n’importe quelle obligation religieuse, qu’elle soit grande ou petite, visible ou invisible, il s’agit d’un « Takleef », un devoir divin imposé, exactement au même titre que toutes les autres prescriptions. L’une des plus grandes bénédictions et des plus puissants miracles du jeûne est justement qu’il possède ce pouvoir unique de vous arracher à votre condition étroite et limitée pour vous propulser vers un espace beaucoup plus vaste, vers des horizons spirituels inédits et vers des missions infiniment plus grandes, nobles et exigeantes.
III. L’Héritage Céleste et le Poids du Sacrifice : Le Modèle Inégalé de Sayyida Zaynab et des Prophètes
Pour saisir la dimension colossale et vertigineuse de ce devoir, nous nous devons de regarder notre histoire, de contempler nos modèles impérissables. Prenez l’exemple bouleversant et grandiose de Sayyida Zaynab, que la paix soit sur elle. Imaginez-la sur le champ de bataille impitoyable du Jihad, au milieu du chaos et de l’effroi. Que fait-elle ? Elle s’est levée avec une bravoure inébranlable et a présenté son propre frère aux affres de la mort. Pourquoi a-t-elle agi ainsi, avec une telle fermeté ? Parce que le devoir divin, le « Takleef » absolu, exigeait d’elle cette posture sacrificielle inouïe ; elle s’est donc dressée, majestueuse, et a accompli cette obligation monumentale malgré son immense et indicible difficulté.
N’oublions jamais, chers croyants, que les devoirs divins sont toujours, sans la moindre exception, accompagnés de difficultés majeures, de défis constants, de lourds fardeaux et d’épreuves que l’être humain doit endurer, des épreuves qui peuvent s’avérer atrocement pesantes pour l’âme, le cœur et le corps. Dieu ne nous a-t-Il pas avertis, dans la majesté de Son Livre saint, par ces termes révélateurs : « Nous allons te révéler des paroles lourdes » ?. Malgré l’écrasant fardeau de ces paroles, de ces directives et de ces missions, notre plus grande joie, notre allégresse la plus pure et notre victoire la plus éclatante se manifestent précisément lorsque nous décidons d’assumer pleinement ce rôle.
Posez-vous cette question existentielle et fondamentale : pourquoi Dieu a-t-Il immortalisé les Prophètes ? Pourquoi nous, des siècles et des millénaires plus tard, continuons-nous aujourd’hui à célébrer leur mémoire avec tant de ferveur et de respect ?. Les Prophètes sont éternels dans nos cœurs, dans nos mémoires et auprès de Dieu parce que leur vie entière, de la toute première à l’ultime seconde, était intimement, totalement et viscéralement liée au rôle que Dieu leur avait confié. Pas un seul instant de leur vie, pas une fraction de seconde de leur existence, ils ne se sont éloignés ou retrouvés en dehors de ce rôle et de cette mission. Malheureusement, lorsque nous avons le courage de nous regarder en face, nous constatons avec amertume que nous avons dramatiquement tendance à ne penser à notre véritable rôle qu’un jour par mois, ou peut-être, dans nos moments de grande distraction, un jour tous les deux mois. La véritable grandeur, la valeur inestimable des Prophètes, réside dans le fait qu’ils ont vécu exclusivement et passionnément pour cette mission ; ils ont respiré, agi et souffert pour transmettre le message divin et pour faire triompher la vérité absolue sans jamais reculer.
IV. La Déconstruction Nécessaire et la Réforme Radicale de l’Esprit Collectif
L’une des choses les plus capitales, les plus urgentes que nous nous devons de garder à l’esprit, de graver dans nos consciences en ces jours grandioses de l’Aïd, c’est l’importance vitale, existentielle, des causes de notre nation, la Oumma, et des causes profondes de notre société. Aujourd’hui, face aux tempêtes de l’histoire qui nous assaillent de toutes parts, l’un des plus grands chantiers sur lesquels nous devons impérativement concentrer toutes nos forces est la réforme en profondeur de cet « esprit collectif » qui nous dirige tous à notre insu.
Observez attentivement notre quotidien, analysez sans complaisance nos comportements : nous sommes trop souvent, pour ne pas dire en permanence, guidés par un esprit de masse, une mentalité grégaire où tout le monde adopte aveuglément la même façon de penser, où nos priorités sont tristement et dangereusement uniformisées. Nous accordons tous, de manière mimétique, de l’importance aux mêmes choses, nous sommes lourdement prisonniers des mêmes coutumes aliénantes, enchaînés par les mêmes traditions. Nous sommes pilotés par une mentalité étroitement régionaliste, par l’esprit de notre seule zone géographique, ou par un carcan historique dépassé, pilotés par « je ne sais quel esprit » qui nous empêche de voir plus loin.
Je vous mets en garde avec la plus grande fermeté et solennité : l’une des urgences absolues de notre époque, la condition indispensable à la survie de notre société comme de toute autre, est de réformer, d’épurer et d’élever cet esprit collectif qui dicte quotidiennement notre conduite. Nous devons travailler sans relâche, par l’éducation, la spiritualité et la conscientisation, jusqu’à ce que cet esprit s’assainisse totalement, qu’il devienne un esprit collectif sain et vertueux, capable enfin de nous servir de modèle et de boussole fiable.
V. La Redéfinition Magistrale du Véritable Critère de la Foi : L’Engagement Plénier
Mes frères et sœurs, écoutez bien ceci : je n’exagère absolument pas, je pèse scrupuleusement chacun de mes mots lorsque j’affirme que le véritable critère de la foi aux yeux de Dieu, exalté soit-Il, se mesure de manière claire à la quantité de votre interaction avec les enjeux de la nation et avec les grandes causes. La foi, la vraie foi salvatrice, n’a pas pour regard et pour finalité vos préoccupations purement individuelles ou vos seuls actes d’adoration solitaires.
Attention, que mes propos ne soient pas mal interprétés : je ne minimise en rien la valeur inestimable de l’adoration individuelle. Cependant, elle ne constitue qu’une étape préliminaire, une étape intégrative et complémentaire, un cheminement préparatoire vers un chemin bien plus suprême, un objectif infiniment plus lointain et plus vaste : les causes de l’Oumma et de la société globale. C’est ce critère spécifique d’engagement collectif, ce souci de l’autre, qui, aujourd’hui, préfère et élève une personne bien au-dessus d’une autre, et qui rapproche un individu de Dieu de manière beaucoup plus forte qu’un autre.
L’Aïd, mes frères, n’est pas qu’une simple date sur un calendrier festif. L’Aïd, c’est cet instant précis, cette étincelle divine qui vous offre une opportunité inouïe d’harmonie totale et absolue. C’est une harmonie avec votre nature humaine profonde (votre fitra originelle), une harmonie avec votre environnement immédiat, et une harmonie totale avec l’environnement et la société pour laquelle vous vivez, luttez et respirez. C’est le moment crucial de ressentir une connexion parfaite avec les causes de votre nation, le moment de prendre conscience, dans chaque fibre de votre être, que vous êtes un individu intimement intégré à une Oumma vivante, et non un individu isolé, nombriliste et indépendant de cette nation. Lorsque vous en arrivez à porter les enjeux de la nation non pas comme un concept théorique, mais dans votre esprit, dans votre cœur battant, au plus profond de vos entrailles et dans l’essence même de votre âme, alors, et seulement alors, ce niveau de foi devient éclatant, manifeste, grandiose, et s’élève aux niveaux les plus hauts et les plus sublimes. C’est pourquoi il est indispensable de réformer ce titre fondamental qu’est le « mindset » ou l’esprit collectif qui ne ménage personne d’entre nous aujourd’hui.
VI. La Dialectique de l’Épreuve : Entre Amertume, Dignité Inébranlable et Résilience Historique
Ne nous voilons pas la face par de faux semblants : nous vivons actuellement dans des circonstances d’une amertume inouïe, des conditions d’une rudesse et d’une cruauté indicibles qui font naître en chacun de nous un flot tumultueux de sentiments complexes, intenses, et souvent contradictoires. Oui, nous ne le nions pas, nous sommes envahis par les sentiments de tristesse, oui, le chagrin et l’affliction nous étreignent face aux pertes. Mais en même temps, de manière sublime, nous sommes soulevés par un immense sentiment d’honneur (al-ibaa), par une dignité inaltérable (al-izza), par la noblesse (al-karama) et par une patience qui défie littéralement l’entendement humain.
Cette période ténébreuse est en réalité une illustration frappante, un moment de vérité absolu qui révèle la fermeté inébranlable et la résilience monumentale de notre nation face à la tempête. Comprenez bien que l’Histoire, dans son implacable justice, est en train de nous observer avec des yeux grands ouverts. L’Histoire consignera, pour l’éternité, nos positions actuelles, notre présent, nos opinions, le poids de nos paroles, nos discussions et l’ampleur de nos tضحيات (sacrifices) dans cette étape cruciale et décisive que nous traversons.
La véritable essence de la foi, la réalité palpable de l’Aïd, le secret de la joie authentique et du bonheur profond, exigent que l’être humain se dissolve littéralement, qu’il s’anéantisse dans ces grandes causes de la nation. L’individu doit s’arracher, se désolidariser de son mode de pensée égoïste et purement individuel. Il doit dépasser, s’élever au-dessus du stade confortable mais superficiel des adorations solitaires pour se hisser à un niveau de conscience infiniment supérieur : le niveau où il réfléchit stratégiquement et spirituellement à ce qui est véritablement utile pour la nation, à ce qui peut concrètement améliorer sa situation et la sortir des ténèbres. C’est un défi d’une importance capitale, un défi immense et vital auquel nous devons tous réfléchir impérativement aujourd’hui.
VII. La Philosophie de la Prière de l’Aïd : Palper Physiquement les Douleurs de la Société
C’est d’ailleurs l’une des grandes et profondes bénédictions de l’Aïd, que nous omettons dramatiquement de méditer. Posez-vous cette question évidente : pourquoi, selon vous, la Législation divine nous impose-t-elle d’accomplir la prière de l’Aïd en groupe ?. Pourquoi demandons-nous avec tant d’insistance à toutes les franges de la population, issues de tous les horizons du pays, de tous les quartiers, de se rassembler en un même lieu ?. Si les causes de la nation ne nous importaient pas le moins du monde, si seule notre prière individuelle comptait, ce rassemblement grandiose et tout ce que nous voyons aujourd’hui n’aurait strictement aucun sens.
Ce rassemblement gigantesque a un but précis et divin : il nous force à nous élever au-dessus de nous-mêmes. Il nous oblige à vivre charnellement les réalités de cette société, à palper de nos propres mains ses douleurs, ses failles et ses faiblesses, à chercher frénétiquement ce qui la renforce, ce qui la maintient unie, ce qui la rend solide, invincible et résiliente face aux multiples agressions. Nous avons le devoir moral, éthique et religieux de scruter nos propres tragédies, de regarder nos douleurs en face, et de nous tenir fermement, comme un roc incassable, aux côtés de nos familles, de nos proches et de nos frères. Aujourd’hui, face à l’ampleur apocalyptique des drames, un nombre incalculable de personnes tentent vainement de soigner la douleur par la douleur, et d’étouffer l’amertume par une nouvelle amertume.
VIII. La Parabole Terrifiante des « Deux Amertumes » de l’Existence
Un être humain digne de ce nom, un croyant porteur du message, ne peut pas passer sa vie entière, gaspiller le capital de ses jours, en se bouchant les oreilles, en se tenant à l’écart et en s’isolant lâchement de toutes ces souffrances. Un très grand savant, un éminent gnostique (aarif), a prononcé un jour une parole d’une profondeur vertigineuse, une véritable mise en garde existentielle : l’individu qui traverse la vie, qui consume ses années en se barricadant, en restant éloigné, indifférent aux causes de sa nation, finira inéluctablement, lorsqu’il atteindra un âge avancé et que ses cheveux blanchiront comme les nôtres aujourd’hui, par vivre ce qu’il a appelé les « deux amertumes » de la vie.
Écoutez bien, avec la plus grande attention, de quoi il s’agit. S’il n’a pas bonifié ses œuvres, la première est l’amertume insoutenable de la survie (le maintien en vie) : car sa fin de vie, totalement dépourvue de sens collectif, ne sera remplie que par les maux physiques, les maladies dégénératives, les douleurs purement égoïstes liées à son propre corps, et des problèmes sans fin. La seconde, encore plus tragique et définitive, est l’amertume du départ (le voyage vers l’au-delà) : car au moment inéluctable de rendre l’âme, il constatera avec un effroi indicible qu’il n’aura absolument pas préparé ni pavé son chemin vers l’au-delà, n’ayant rien apporté de concret à la communauté des croyants. L’homme qui vieillit dans son coin sans avoir semé d’actions collectives grandioses subira inévitablement la double peine : l’amertume de rester sur terre à souffrir, combinée à l’amertume de quitter ce monde les mains totalement vides.
En revanche, regardez l’antithèse absolue de ce sombre destin : observez l’homme qui a embrassé corps et âme cette religion, non pas comme un rituel mort, mais comme un véritable mode de vie, un code de conduite (manhaj). Observez celui qui, tout au long de son existence, s’est soucié avec ferveur de secourir l’opprimé, de courir pour répondre à l’appel déchirant de celui qui est en détresse (le mustaghith), et de faire front courageusement contre l’injustice et l’oppresseur en portant haut et fort ces nobles valeurs de l’Islam. Cet homme-là, soyez-en absolument certains, ne connaîtra jamais l’amertume de la survie, ni l’amertume terrifiante du départ. C’est un point d’une importance fondamentale pour notre salut ; ceux d’entre nous qui sont avancés en âge et qui ont l’expérience de la vie le savent pertinemment, mais nous avons le devoir sacré de le clamer inlassablement pour éviter que nous n’en arrivions tous, par négligence, à cette fin tragique.
IX. L’Illusion Mortifère de la Piété Individuelle Face à la Réalité du Dénuement
Le Livre de Dieu, le Saint Coran, est d’une clarté absolue, d’une limpidité tranchante qui ne laisse place à aucune ambiguïté à ce sujet. Dieu, le Très-Haut, a proclamé : « A certes réussi celui qui se purifie, et se rappelle le nom de son Seigneur, puis prie. Mais vous préférez la vie présente, alors que l’au-delà est meilleur et plus durable ». Réfléchissons un instant avec notre raison au sens profond de la « préférence pour la vie présente » (al-hayat ad-dunya). L’être humain se rend coupable de préférer la vie matérielle mondaine lorsqu’il s’enferme dans sa bulle de confort, lorsqu’il ne pense exclusivement qu’à sa propre personne de manière égoïste, en rayant totalement de sa conscience l’existence des pauvres, des miséreux, des nécessiteux, et surtout des personnes déplacées (an-naziheen) qui ont tout perdu sous les bombes ou l’injustice.
Il préfère outrageusement la vie terrestre lorsqu’il passe, le cœur dur et indifférent, devant ceux qui, en ces jours précis de fête et d’opulence pour d’autres, sont assis à même le sol sur les trottoirs de nos rues. Il s’accroche désespérément à la vie d’ici-bas lorsqu’il ignore délibérément ces personnes innocentes qui dorment sous de maigres tentes de fortune, battues par la pluie torrentielle, transpercées par le froid glacial, vivant littéralement en plein air (al-araa), et qui pourtant, dans un dénuement total, incarnent par leur simple existence un moment de patience surhumaine, un moment de défi inébranlable lancé à l’oppresseur, et une résilience (sumood) extraordinaire qui force l’admiration.
Si un homme s’isole dans son confort douillet, s’il vit lâchement loin de ces tragédies réelles, cruelles et poignantes qui déchirent le tissu de notre Ummah, il fait indiscutablement partie de ceux qui privilégient ce bas monde au détriment de l’au-delà. Et ce, écoutez bien ce paradoxe saisissant : même s’il passe ses nuits à accomplir assidûment des prières, et même s’il passe ses journées à multiplier les jeûnes !. Sa piété individuelle, déconnectée de la douleur de ses frères, n’est qu’une coquille tragiquement vide.
X. L’Ultime Mutation de Notre Adoration
La valeur suprême, l’essence même et la finalité de la prière ne consiste pas en une simple gymnastique rituelle. La prière doit opérer en vous une révolution intérieure radicale : elle doit vous transformer méticuleusement en un élément ultra-actif au sein de la société, un être débordant de générosité, toujours prêt au sacrifice absolu pour la communauté. La prière doit écorcher votre insensibilité et vous amener à ressentir physiquement les souffrances viscérales et les sentiments des autres, à être en connexion permanente et empathique avec les vivants et avec les morts, qu’ils soient depuis longtemps oubliés par l’histoire, qu’ils fassent partie de nos anciens, ou qu’ils soient dramatiquement présents dans tout cet environnement immédiat dans lequel nous évoluons.
C’est très exactement là que l’Aïd prend toute son ampleur, toute sa majesté et sa valeur inestimable : dans cette harmonie totale, ce lien spirituel (batin), intellectuel et cardiaque profond avec ces idéaux vertigineux. Il est impératif, il est de la plus haute urgence que nous opérions une transition fulgurante pour nous élever bien au-delà de notre niveau spirituel actuel, qui s’apparente trop souvent à de la paresse et de la médiocrité. Notre concept même de l’adoration doit subir une mutation radicale, une évolution majeure : la simple adoration routinière doit devenir, à partir d’aujourd’hui, l’adoration du soutien inébranlable et farouche à l’opprimé, et l’adoration de la confrontation courageuse, frontale et implacable avec l’oppresseur.
Chaque individu au sein de cette Oumma a le devoir inaliénable d’assumer un rôle clair, défini, fondamental, efficace et profondément influent au sein de son environnement immédiat et de l’ensemble de sa société. C’est uniquement par cet engagement total, par ce don absolu de soi à la collectivité, que nous serons véritablement, authentiquement, et loyalement fidèles à Dieu, fidèles à Son noble Messager, et à la hauteur des significations nobles, grandioses et libératrices que Dieu et Son prophète ont insufflées dans ces jours bénis de l’Aïd.
Pour conclure ce discours, du plus profond de mon cœur meurtri mais empli d’espoir, je lève mes mains au ciel et je prie Dieu, béni et exalté soit-Il, pour que ces jours de grandes et terribles épreuves, ces jours de محن (mihan) et d’affliction, finissent très bientôt par passer, et qu’ils laissent dans leur sillage une aube nouvelle et une victoire éclatante, grande, triomphale et définitive pour nous tous. Nous implorons le Maître de l’Univers d’accorder à notre nation tout entière un soulagement immédiat, qu’Il dissipe ces jours pour faire place à une immense ouverture (faraj), à une abondance de bienfaits, pour nous mener vers une ère d’élévation (ruqiy) et de prospérité inégalée. Enfin, je demande humblement au Seigneur de vous accorder à tous, individuellement, à vos familles et collectivement, le bien, le bonheur véritable, la joie profonde, l’allégresse authentique et d’infinies et éternelles bénédictions.

Laisser un commentaire