Le Miracle sur l’Étagère : Retrouver la Parole Divine au-delà du Mois de Ramadan
Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux. Louange à Allah, Seigneur des mondes, et que les prières les plus nobles, les plus pures et les plus élevées soient sur le Messager de la miséricorde, le Prophète envoyé à l’humanité entière, Mohammad, ainsi que sur les membres bons et purs de sa famille.
Je prie Allah, béni et exalté soit-Il, d’accepter avec bienveillance les actions de chacun d’entre vous. Je Lui demande de faire peser ces jours de la deuxième décade du mois de Ramadan lourdement dans la balance de vos bonnes œuvres. Nous voici désormais arrivés aux portes des dix dernières nuits, les nuits de l’accomplissement. Comme vous le savez tous, ces dix dernières nuits et ces dix derniers jours sont incontestablement les meilleurs de tout ce mois sacré. Il est de notre devoir absolu de nous y préparer avec beaucoup plus d’ardeur, de concentration et de dévotion que pour les jours précédents, à travers des actes d’adoration, des prières et des veillées spirituelles adéquats. Je demande à Allah de faire de ces efforts un bouclier impénétrable entre nous et le feu du châtiment dans l’au-delà, car Il est Celui qui entend et qui exauce.
La Confluence de Trois Immensités Spirituelles
En cette nuit précise, nous nous trouvons à la croisée de trois occasions monumentales, trois événements d’une portée cosmique qui s’entremêlent de façon extraordinaire. Habituellement, lors de la nuit du Destin (Laylat al-Qadr), nous commémorons à la fois la grandeur incommensurable de cette nuit elle-même, la révélation du Saint Coran, tel que le proclame le verset « Nous l’avons fait descendre la nuit du Destin », mais aussi le tragique et déchirant martyre de l’Émir des Croyants, l’Imam Ali, que la paix soit sur lui.
Généralement, les orateurs qui s’adressent à vous répartissent ces thèmes majeurs sur les trois nuits de veillée : la première nuit est traditionnellement consacrée au Coran, la deuxième au martyre de l’Imam Ali puisqu’il en fut le témoin direct, et la dernière est dédiée aux mérites spécifiques de la nuit du Destin, les traditions prophétiques indiquant qu’elle est la plus probable des trois. Cependant, j’ai pris la décision, pour cette nuit, de consacrer l’intégralité de mon propos exclusivement au Saint Coran. Chacune de ces trois occasions est au sommet absolu de la grandeur et nécessiterait de très longs et profonds développements : la nuit du Destin est meilleure que mille mois ; le Coran est une guérison absolue pour l’univers ; et le coup d’épée d’Ali le jour de la bataille d’Al-Khandaq équivaut à lui seul à l’adoration cumulée des hommes et des djinns jusqu’au Jour de la Résurrection. Tout cela est d’une immensité vertigineuse, mais je souhaite impérativement commencer par aborder la grâce, la bénédiction et l’interaction vitale que nous devons entretenir avec le Livre d’Allah durant ce mois, car une relation intime, unique et fusionnelle lie le Coran au mois de Ramadan.
L’Érosion de la Foi : Un Signe des Temps Dépassé
Il fut un temps où nous enseignions, avec une certaine appréhension, que parmi les signes annonciateurs de la fin des temps et de l’époque de l’Apparition, figurait un triste constat : les gens ne liraient plus le Coran qu’exclusivement pendant le mois de Ramadan. C’était alors perçu comme le stade ultime du déclin religieux, la caractéristique d’une foi moribonde. Mais regardez notre réalité aujourd’hui ! La religiosité s’est tellement effritée, le lien avec le sacré s’est tellement distendu que même au cœur du mois de Ramadan, beaucoup de gens ne lisent absolument plus le Coran ! Face à cette réalité amère, nous sommes en droit de nous demander si nous n’avons pas d’ores et déjà franchi et dépassé cette époque sombre de la fin des temps. C’est un drame silencieux qui se joue dans nos foyers.
La Vraie Mission du Livre : La « Fabrication » de l’Être Humain
Pourtant, la mission du Coran est magistralement établie par Allah Lui-même lorsqu’Il dit dans Son Livre : « Un Livre que Nous avons fait descendre vers toi, afin que tu fasses sortir les gens des ténèbres vers la lumière ». Cette vérité coranique, éternelle et inaltérable, confirme que la mission suprême que le Créateur a placée entre les pages de ce miracle intemporel n’est autre que la « fabrication », la construction intime et l’élévation spirituelle de l’être humain.
Les savants nous expliquent merveilleusement bien ce phénomène : pourquoi le Coran demeure-t-il un miracle éternel qui traverse les âges, les siècles et les millénaires sans prendre une ride ? Parce que si les moyens matériels changent, si les méthodes évoluent, si les programmes se modernisent et si les technologies transforment notre monde, la nature profonde de l’être humain, elle, reste strictement immuable. L’humain, dans ses faiblesses comme dans sa grandeur, ne change pas d’une époque à l’autre. La mission vitale du Coran est d’élever cet humain aux plus hauts sommets de l’humanité, et c’est précisément pour cela qu’il demeure un miracle valide, percutant et indispensable en tout lieu et en tout temps.
Mais quelles sont donc ces ténèbres desquelles le Coran veut désespérément nous extirper ? Ce sont les voiles sombres et épais qui emprisonnent l’âme humaine : les ténèbres de l’ignorance, les ténèbres des instincts primitifs, de la convoitise, des passions aveugles, de l’ego démesuré, de l’amour obsessionnel de soi, ainsi que l’amour maladif du pouvoir et de la domination absolue. L’importance cruciale du Coran réside dans sa capacité miraculeuse à arracher l’homme à ces abîmes suffocants pour le guider vers l’éclat de la lumière : la lumière de la guidée, de la science véritable, de la connaissance profonde, de l’amour sincère pour autrui, de la vertu morale et de la chasteté. Le Coran purifie l’homme de tout ce qui l’attire inexorablement vers le bas, de tout ce qui dégrade sa dignité humaine et affaiblit sa position et son rang auprès d’Allah. Il fait de lui un être spirituellement raffiné, capable de se rapprocher de son Seigneur à chaque souffle qu’il prend, à chaque mouvement qu’il effectue et à chaque instant d’immobilité, devenant ainsi un être humain véritablement « coranique » dans toute la splendeur et l’acception du terme.
Le Testament Délaissé et le Syndrome de Pharaon
Vivre en tant qu’être humain coranique, c’est vivre avec la conscience aiguë, brûlante et constante que ce Livre est le testament sacré de notre bien-aimé Messager d’Allah. Rappelez-vous avec émotion les paroles solennelles du Prophète lorsqu’il a prononcé ses dernières recommandations à sa communauté : « Je laisse parmi vous les deux poids (Thaqalayn) : le Livre d’Allah et ma descendance, les gens de ma maison. Tant que vous vous y attacherez, vous ne vous égarerez jamais après moi, et ils ne se sépareront pas jusqu’à ce qu’ils me rejoignent au Bassin ».
Ressentir au plus profond de nos fibres que le Coran est le testament direct de notre Prophète est une question d’une importance capitale. Comment traitons-nous ce testament aujourd’hui ? Comment interagissons-nous avec ce miracle inouï ? Je donne souvent un exemple qui me frappe profondément et que je souhaite vous soumettre à nouveau sous un éclairage différent. Lorsque nous lisons l’histoire du Prophète Moïse et de Pharaon, nous sommes saisis de stupeur. Moïse a fendu la mer avec son bâton, créant un miracle colossal, terrifiant de majesté, sous les yeux mêmes de Pharaon. Au lieu de revoir ses positions, au lieu de se remettre en question face à ce signe divin écrasant pour enfin croire, qu’a fait Pharaon ? Il s’est engouffré directement et aveuglément dans les flots, au cœur même du miracle, avec l’intention meurtrière d’assassiner le Prophète de Dieu !. Nous lisons cela et nous nous écrions : « Quel tyran absolu ! Quelle folie ! Comment peut-on entrer physiquement au cœur d’un miracle divin dans le seul but de tuer un prophète ? ».
Mais posons-nous honnêtement la question, en scrutant nos propres vies : n’agissons-nous pas d’une manière effroyablement similaire aujourd’hui ? Le miracle éternel, le prodige suprême d’Allah, est littéralement entre nos mains, dans nos maisons, mais nous l’avons relégué sur des étagères où la poussière le dévore implacablement. Face à chaque défi de notre existence, à chaque crise, avons-nous le réflexe spirituel de nous réfugier dans ce miracle pour y chercher un remède, une guérison et des bénédictions ? Non. Le Coran, qui est le miracle absolu de notre temps, ne nous interpelle plus. Nous ne le sortons de son linceul de poussière que lors de nos jours de deuil et de tristesse, pour lire machinalement ses versets sur nos morts. C’est exactement la même mentalité stérile, la même disposition d’esprit aveugle que celle que nous reprochons si vertement à Pharaon.
Nous devons impérativement ressentir la gravité extrême de cette situation. M’éloigner du Coran, c’est m’éloigner du testament du Messager d’Allah ; ignorer le Coran, c’est trahir purement et simplement le testament du Messager d’Allah. Ces mots doivent vivre en nous, ils doivent nous faire mal, ils doivent nous blesser au plus profond de notre conscience. Nous ne pouvons pas nous contenter de balayer cela d’un revers de main négligent en disant : « C’est fini, oh mon Dieu, nous n’avons pas lu, nous n’avons pas compris, nous sommes excusés car nous ne sommes pas des gens lettrés ou qui lisent beaucoup ». Non, la relation avec le Coran n’est pas une option intellectuelle, c’est une question d’une importance vitale pour notre salut.
L’Illusion du Manque de Temps : Du Marchand Affairé à l’Imam Khomeiny
Nous nous cachons sans cesse, lâchement, derrière l’excuse éculée du manque de temps et de nos multiples occupations mondaines. Pourtant, j’ai lu un noble hadith qui s’adresse spécifiquement à la catégorie de personnes qui, traditionnellement et de tout temps, est la plus accaparée par la vie matérielle : les commerçants. Le texte dit en substance : Que le commerçant d’entre vous, accablé par ses affaires et ses soucis, ne s’endorme pas en rentrant chez lui le soir sans avoir lu une sourate du Saint Coran, afin qu’Allah lui pardonne un de ses péchés et l’élève d’un degré en bonnes œuvres. Cette plainte douloureuse concernant notre éloignement du Coran ne date pas d’hier ; elle existait déjà à l’époque du Prophète et elle perdure, tragiquement, jusqu’à nos jours.
Aujourd’hui, alors même que de nouveaux instituts scientifiques mènent des recherches passionnantes et inédites sur la thérapie et la guérison par le Coran (identifiant que telle sourate soigne tel mal, que telle invocation par les noms d’Allah apporte tel soulagement), nous restons, pour l’immense majorité d’entre nous, cruellement défaillants dans le simple fait de lire, de parcourir et de méditer le texte. Et ce, alors même que nous sommes en plein mois de Ramadan, un mois exceptionnel où la simple lecture d’un seul verset équivaut à la récompense inouïe de la lecture du Coran tout entier en dehors de ce mois !
Laissez-moi vous partager un exemple extraordinaire, un témoignage vivant qui pulvérise en éclats toutes nos fausses excuses. C’est une histoire que certains d’entre vous connaissent peut-être, mais qu’il faut se remémorer sans cesse. Il s’agit de la relation exceptionnelle, presque surnaturelle, qu’entretenait l’Imam Khomeiny avec le Livre d’Allah. L’Imam Khomeiny lisait le Coran de manière intégrale sept fois par jour, à sept moments extrêmement précis, méticuleusement répartis sur les 24 heures de sa journée. Il avait des rendez-vous fixes, inébranlables : par exemple à 4 heures du matin, à 6 heures, à 10 heures, etc. Cet homme portait sur ses épaules des responsabilités titanesques ; il se tenait debout, seul, face à l’hostilité du monde entier. Pensez-vous, l’espace d’une seconde, que nous ayons plus de travail, de responsabilités, ou que nous soyons plus occupés que lui ?.
Ces sept rendez-vous quotidiens dédiés à la lecture, à la mémorisation, à la méditation profonde et au Tadabbur (réflexion intime) des versets n’ont absolument jamais été perturbés par ses obligations politiques écrasantes, par la guerre, par les jours de gloire de la révolution, ni même par ses séjours alités à l’hôpital. Ces sept moments restaient immuables, inaltérables, sacrés. Il ne les modifiait ni ne les remplaçait jamais, rythmant chaque cycle de 24 heures par ces rencontres divines. Et nous, misérables créatures, nous osons prétendre que nos réunions de bureau, nos familles, nos enfants et nos petites priorités quotidiennes nous empêchent de trouver un instant pour ouvrir le Livre d’Allah ?.
Si un homme de la stature intellectuelle, politique et spirituelle de l’Imam Khomeiny (ou d’autres grands savants et références religieuses) s’imposait une telle rigueur implacable, n’est-ce pas parce qu’il avait compris, dans sa chair et son âme, à quel point ce Livre possède la capacité fulgurante de façonner et de forger l’être humain ?. Un jour, on a posé cette question directe à l’Imam Khomeiny : « Quel est le rucn, le pilier fondamental sur lequel vous vous êtes appuyé pour atteindre un tel niveau de réalisation et arriver là où vous êtes arrivé ? » Sa réponse fut d’une simplicité désarmante et d’une profondeur abyssale : « Le Coran. ». Les dimensions éducatives de ce Livre sont d’une importance inouïe.
Le Patient Récalcitrant : La Métaphore de notre Maladie Spirituelle
Hélas, notre relation vacillante avec le Coran ressemble tragiquement à l’histoire fort juste racontée par un éminent savant. Il compare notre attitude désinvolte à celle d’un homme gravement malade qui se rend chez un médecin pour y chercher la guérison. Le médecin l’examine et lui prescrit un traitement salvateur à prendre trois fois par jour. Le patient, trouvant cette contrainte trop lourde, revient se plaindre que cela ne l’a pas guéri. Le médecin lui demande : « Avez-vous pris le remède ? » Le patient avoue que non, car trois fois c’est trop difficile. Le médecin, conciliant, réduit la dose à deux fois par jour. Quelque temps plus tard, le patient revient, toujours aussi souffrant. Le médecin l’interroge à nouveau : « Avez-vous pris le remède ? » Le patient répond : « Non, deux fois c’est encore beaucoup trop contraignant. » Le médecin, résigné face à cette obstination, réduit la prescription à une seule et unique prise par jour. Mais le patient, ancré dans sa paresse, finit par ne plus prendre son remède du tout. Lorsqu’il retourne finalement voir le médecin en se plaignant amèrement de ne toujours pas être guéri, à qui incombe la faute ? Au médicament ? Au médecin ? Ou à sa propre négligence coupable ?.
Nous agissons très exactement de la même manière avec le Livre d’Allah. Nous négocions sans cesse avec notre propre salut, finissant par ne lire qu’une page par semaine, voire une misérable fois de temps en temps, et nous avons ensuite l’audace et l’impudence de reprocher notre misère spirituelle à notre religion ou au Coran lui-même, alors que la faute nous incombe totalement et exclusivement. Certains savants affirment même avec gravité, lorsqu’ils analysent les crises majeures qui secouent notre époque, que l’éloignement viscéral de la communauté musulmane vis-à-vis du Coran est la cause première et absolue de sa décadence actuelle face aux défis mondiaux colossaux auxquels elle est confrontée.
L’Héritage des Premiers Musulmans et l’Exemple de Karbala
Il est impératif, pour survivre spirituellement, de nous inspirer des premiers musulmans. À l’époque fondatrice du Prophète, chaque croyant qui partait au combat, affrontant les plus grands défis, emportait physiquement et spirituellement le Coran avec lui. La nuit, dans le silence des campements, on pouvait entendre le murmure incessant de leurs voix lisant les versets divins. Le Coran était leur compagnon perpétuel et indéfectible.
Regardez l’exemple magistral et bouleversant des compagnons de l’Imam Hussein : la veille de leur martyre absolu à Karbala, comment ont-ils passé cette nuit ultime ? Ils l’ont passée intensément partagés entre ceux qui lisaient le Coran, ceux qui invoquaient ardemment, et ceux qui se remémoraient Allah. Le Coran les accompagnait partout, intimement lié à leur être : sur le front de la guerre, dans la chaleur de leurs maisons, sur leurs lieux de travail, dans leurs affaires. Forts de ce constat, nous devons impérativement élaborer un plan d’action personnel, une stratégie intime pour réintégrer le Coran au centre battant de notre quotidien.
L’Étiquette de la Présence Divine : Comprendre Samaa, Istimaa et Insaat
Si certains parmi vous, découragés, me disent qu’ils sont incapables de lire le Coran, je leur réponds avec insistance : au moins, écoutez-le !. Vous pouvez allumer la télévision une heure par jour pour écouter les versets. Mais même là, nous nous heurtons à un problème culturel profond et absurde. Dans certaines de nos maisons aujourd’hui, il semble qu’il soit devenu « haram » (interdit) ou honteux de mettre le Coran à la télévision. Si quelqu’un met une chaîne qui diffuse le Coran, les visiteurs qui entrent pensent immédiatement et immanquablement qu’il y a eu un décès dans la famille, comme s’il était inconcevable d’écouter la parole divine en dehors des funérailles !.
Mais attention, si vous décidez d’écouter, il y a une différence fondamentale, abyssale, qu’il faut absolument comprendre. C’est une distinction que les savants établissent avec une grande rigueur, tant dans la subtilité de la langue arabe que dans la profondeur de la jurisprudence islamique, entre deux concepts clés : le Samaa (le simple fait d’entendre passivement) et l’Istimaa (le fait d’écouter avec une attention soutenue et délibérée).
Laissez-moi vous l’expliquer très simplement : si vous êtes en voiture, que la radio est allumée et qu’une chanson passe, mais que vous discutez vivement avec votre passager, que vous êtes concentré sur votre conduite et que vous n’y prêtez aucune attention consciente, cela s’appelle du Samaa. Certains juristes considèrent que ce niveau de « Samaa » accidentel pour la musique n’est pas pécheur car il n’implique pas la volonté de l’âme. En revanche, si vous vous taisez, que vous vous concentrez, que vous mobilisez volontairement vos sens, votre ouïe et votre cœur pour écouter attentivement les paroles et la mélodie, en vous y absorbant, cela devient de l’Istimaa. Dans le cas de la musique illicite, ce niveau d’écoute devient alors interdit (Haram) selon ces mêmes juristes.
Or, concernant le Livre majestueux d’Allah, le Coran exige non pas le simple Samaa, mais explicitement l’Istimaa !. Allah décrète : « Et quand on récite le Coran, prêtez-lui l’oreille attentivement (fa-stami’u) ». Mettre le Coran en bruit de fond continu pendant que nous sommes distraits, que nous bavardons de choses futiles ou que nous vaquons à nos occupations matérielles sans y prêter la moindre attention, ce n’est absolument pas suffisant. Pire encore, s’il y a du vacarme, des rires, du bruit ou une inattention flagrante pendant que la parole divine est diffusée, c’est une insulte directe au Créateur, une offense intolérable à la majesté de la Révélation !.
C’est précisément pourquoi le verset ajoute une condition supplémentaire et cruciale : « …prêtez-lui l’oreille attentivement et observez le silence (wa ansitu) ». L’Insaat, c’est le silence absolu, le recueillement total. Et ce silence n’est pas seulement l’absence physique de parole ou de bavardage. Cela englobe tout bruit parasite. Comme le rappelle magnifiquement un autre verset : « Et les voix baisseront devant le Tout Miséricordieux. Tu n’entendras alors qu’un chuchotement ». Face au Coran, la moindre des courtoisies, le degré zéro du respect, est de faire taire nos bruits terrestres, d’imposer le silence à nos sens pour laisser la parole divine pénétrer.
Comment un être humain misérable peut-il espérer que ces mots incandescents de lumière dissipent les ténèbres accumulées dans son intériorité s’il ne leur accorde aucune concentration, aucun respect ?. S’il ne médite pas avec son cœur, il tombe directement sous le coup de ce terrible avertissement divin : « Ne méditent-ils donc pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des cadenas sur leurs cœurs ? ». Oui, mes frères, un être humain peut s’aveugler et s’endurcir au point de verrouiller totalement son propre cœur. À tel point que lorsqu’il écoute les versets sacrés, il ne ressent plus aucune élévation, aucune sainteté, aucune émotion, se sentant même paradoxalement plus en phase, plus à l’aise avec un banal livre profane qu’avec le Livre majestueux de son propre Seigneur !. C’est une tragédie spirituelle.
L’Appel à l’Action : L’Institution des Veillées Coraniques (Sahra Qura’niyya)
C’est pourquoi, en ce mois béni de Ramadan, et même pour les mois à venir, je lance un appel solennel, pressant et concret pour une action magnifique. Que ce soit au sein de notre centre islamique, de nos institutions, ou, plus important encore, en dehors, dans l’intimité de vos foyers. J’encourage de toutes mes forces l’organisation systématique de veillées coraniques (Sahra Qura’niyya) dans vos maisons.
Ne venez pas me dire que vous habitez trop loin les uns des autres. Même si vous êtes dispersés géographiquement, même si vous habitez à 100 kilomètres, à 200 kilomètres, ou à 300 kilomètres du centre, rassemblez-vous !. Que les frères libanais, algériens, marocains, tunisiens et de toutes origines confondues, qui habitent des quartiers proches ou des régions voisines, s’unissent et organisent un programme communautaire solide autour du Coran. Transformez vos soirées mondaines en assemblées de lumière : faites de la mémorisation collective, étudiez l’exégèse (tafsir), expliquez patiemment le vocabulaire coranique pour vous illuminer mutuellement des lumières insondables du Livre. Apprenons les uns des autres.
La Promesse Divine et la Solitude Vaincue
Je vous fais ici une promesse sincère, mes frères : si Allah du haut des cieux voit que nous nous accrochons fermement, désespérément, à ce câble indestructible tendu entre le Ciel et la Terre, je vous garantis qu’en moins d’une seule année, vous verrez une transformation radicale dans vos vies. Allah augmentera vos bénédictions de manière exponentielle, Il vous donnera une force nouvelle, Il vous enveloppera d’une immunité spirituelle protectrice. Le succès, la réussite, la fortification de vos foyers et Sa satisfaction divine se répandront abondamment sur vous, sur vos familles, sur vos fils et vos filles. C’est une question d’une importance si capitale que j’insiste lourdement sur cette démarche et sur l’activation du rôle du Coran en dehors de nos murs.
Notre relation avec le Coran nécessite une évaluation et une remise en question perpétuelles. Nous devons constamment et rigoureusement auditer nos propres âmes : mon lien avec le Livre s’est-il amélioré cette année ? Mes connaissances se sont-elles accrues ou ai-je stagné ?. Écoutez, pour mesurer l’intensité de ce qui est attendu de nous, cette parole bouleversante, vertigineuse de l’Imam Zayn al-Abidin (l’Imam Sajjad), que la paix soit sur lui, qui illustre la puissance inouïe de ce lien charnel avec la Révélation : « Si je me retrouvais seul dans ce monde entier, et qu’il n’y avait avec moi que le Coran, je ne ressentirais aucune solitude ». Quelle grandeur ! Quelle force spirituelle inébranlable ! Il dit bien : Si je me retrouvais seul dans l’univers entier, sans personne d’autre….
L’Interrogatoire de la Tombe et l’Intercession
Enfin, n’oublions jamais, à chaque instant de notre courte vie, que le Livre d’Allah sera l’objet incontournable du tout premier interrogatoire que l’homme subira, seul, dans l’angoisse et l’obscurité glaciale de sa tombe. L’être humain sera questionné sur son Livre avant même d’autres choses. Nous devons nous y préparer activement, parachever notre relation avec lui, et formuler notre réponse salvatrice dès aujourd’hui, dans la lumière de ce monde, avant qu’il ne soit trop tard.
Je prie Allah, béni et exalté soit-Il, du plus profond de mon cœur, de faire de nous des lecteurs assidus, des êtres qui méditent avec ferveur, et qui sont véritablement illuminés et clairvoyants grâce à Sa parole. Et je demande à Allah le Très-Haut de faire du Saint Coran notre intercesseur bien-aimé et notre sauveur le Jour redoutable de la Résurrection.
