Iftar annuel d’Al-Ghadir

Le Souffle de la Foi en Terre d’Exil : De la Purification Individuelle à la Survie Collective

Mes chers frères, mes chères sœurs, louange à Dieu qui nous réunit aujourd’hui. Je souhaite m’adresser à vous avec la plus grande profondeur, en abordant les dimensions essentielles de notre existence spirituelle, sociale et matérielle. Les réflexions que je m’apprête à partager avec vous ne sont pas de simples mots, mais les fondations mêmes de notre survie et de notre élévation en tant que croyants.

I. Le Jeûne : Le Destructeur des Idoles Modernes et le Retour à l’Humanité Authentique

L’une des plus grandes bénédictions de cette adoration fondamentale qu’est le jeûne, telle que prescrite par Allah, est sa capacité miraculeuse à abolir les murs que nous érigeons entre nous. Dans notre vie quotidienne, l’être humain se laisse souvent séduire et aveugler par ce qui constitue sans doute le plus grand صنم (idole) de notre époque : l’idole des distinctions et des disparités.

Quelles sont ces idoles que nous adorons secrètement ? Ce sont nos statuts sociaux. C’est l’idole qui nous fait dire : « Je suis instruit », l’idole des diplômes, l’idole de la richesse, ou encore l’idole des relations et du pouvoir. Nous classons nos frères et sœurs selon des critères géographiques, historiques, politiques ou de classe. La plus éclatante victoire du jeûne est d’annihiler cette idolâtrie intime, de rayer de nos vies ces disparités illusoires pour nous ramener à notre essence la plus pure : notre humanité.

Plus le jeûne d’un croyant est profond et utile, plus il parvient à effacer ces frontières factices pour interagir avec son prochain avec une authentique humanité. Cette adoration nous dépouille de nos arrogances mondaines pour nous rappeler la seule et unique équation divine qui vaille : « Le plus noble d’entre vous auprès d’Allah est le plus pieux ». Tout le reste – notre argent, nos titres, nos origines – ne nous sera d’aucune utilité au Jour du Jugement. Le jeûne est donc cette école divine qui purifie nos cœurs et prépare le terrain pour nos rassemblements bénis.

II. L’Institution Al-Ghadir : De la Recommandation (Mustahab) à l’Obligation Absolue (Wajib)

Cette fraternité purifiée par le jeûne m’amène à aborder un second point, fondamental, soulevé avec beaucoup de justesse par Hajj Ali concernant les innombrables activités et le rôle central assumé par l’institution Al-Ghadir depuis plus de trente ans.

Je me dois de vous poser une question jurisprudentielle (fiqhi) et principielle (oussouli) d’une gravité extrême : les œuvres accomplies par la fondation Al-Ghadir relèvent-elles du simple acte recommandé (mustahab), marginal et optionnel, ou s’agit-il d’une obligation religieuse stricte (wajib) ?. Pouvons-nous nous contenter de dire que son rôle est secondaire, que nous pourrions très bien vivre sans elle ?.

La règle jurisprudentielle est formelle : ce qui est indispensable à l’accomplissement d’un devoir devient lui-même un devoir ; ce qui est obligatoire exige que l’on maintienne son existence et sa continuité. Si notre vie dépend de l’eau, il est de notre obligation absolue de préserver l’eau et de ne commettre aucun acte qui mènerait à sa disparition.

Appliquons cette règle à notre institution. Regardez tout ce que porte Al-Ghadir au quotidien :

  • L’école, l’éducation et la transmission du savoir.
  • La purification de l’âme (tazkiyah) et l’encadrement moral.
  • La protection de nos enfants et l’organisation des mouvements scouts.
  • La prédication (tabligh) et la vivification de nos cérémonies religieuses.
  • La célébration des mariages et la résolution des conflits familiaux et sociaux.

Dans notre religion et notre culture, préserver tous ces aspects n’est pas un luxe spirituel (mustahab), c’est une nécessité impérieuse (wajib), particulièrement dans le contexte de l’exil (ightirab) dans lequel nous vivons aujourd’hui.

III. L’Exil et le Gouffre de l’Oubli : « Imaginez-vous sans eux »

Pour que vous mesuriez l’ampleur de cette obligation, je vous invite à faire appel à votre imagination. Il y a des années, au Liban, une campagne publicitaire en soutien à l’armée affichait ce slogan puissant : « Imaginez-vous sans eux ».

Je vous pose la même question aujourd’hui, avec la plus grande des gravités : imaginez notre communauté ici, dans dix, vingt ou trente ans, sans l’institution Al-Ghadir. Que deviendrait la génération future ?.

Je ne vous parle pas de théories, mais de réalités tragiques que j’ai pu observer de mes propres yeux. Lors de mes voyages auprès de certaines communautés de la diaspora en Afrique, j’ai vu ce qui se passe lorsqu’il n’y a aucune institution pour encadrer les croyants. J’ai rencontré des hommes qui, après avoir quitté le Liban depuis vingt ans pour s’installer dans un environnement dépourvu de structures religieuses, ont tout oublié. Vous leur demandez s’ils sont musulmans, ils vous répondent : « Que veut dire être musulman ? ». Vous leur parlez de la prière, et ils ne savent même plus ce que cela signifie, ni s’ils doivent prier ou non.

Voilà le sort qui nous guette si nous négligeons nos institutions. Après seulement dix ou vingt ans d’exil sans encadrement, la perte d’identité est totale. Si cela devait se produire ici, nous serions tous responsables devant Dieu, nous tomberions tous dans le péché (haram) et la désobéissance collective. Pour comprendre la valeur inestimable d’une bénédiction, il faut s’imaginer en être privé. Sans Al-Ghadir, nous serions extrêmement éloignés du droit chemin, perdus dans les ténèbres de l’exil. C’est pourquoi le soutien et la préservation de ce centre exigent un effort colossal et demeurent une obligation tant que nous vivons loin de nos terres.

IV. La Philosophie Divine du Don : L’Investissement pour l’Éternité

Le troisième et dernier pilier de ma réflexion concerne le sacrifice financier, le don (Al-‘Ataa), particulièrement en ces jours sacrés.

La règle divine qui régit le don est d’une beauté et d’une profondeur bouleversantes : ce que vous donnez, en réalité, vous ne l’offrez pas aux autres ; vous l’offrez à vous-mêmes. Comme le dit le verset : « Et tout ce que vous avancez de bien pour vous-mêmes, vous le retrouverez auprès d’Allah ».

Faire un don n’est pas simplement répondre au besoin d’un tiers. C’est purifier son propre argent, élever sa propre âme, gravir les échelons spirituels, se rapprocher des Ahl al-Bayt (les Gens de la Demeure) et construire son propre rang dans l’Au-delà. L’acte de donner répond à votre besoin bien avant de répondre à celui de celui qui reçoit.

L’Imam Al-Sadiq (que la paix soit sur lui) nous a laissé une leçon magistrale à ce sujet. Voyant un homme riche donner de l’argent à un pauvre, l’Imam s’adressa au donateur et lui dit : « Tu as bien plus besoin de cet argent pour ton Au-delà que ce nécessiteux n’en a besoin dans sa vie d’ici-bas ». Même si, au sein d’Al-Ghadir, nous ne nous adressons pas nécessairement à des « pauvres » au sens matériel du terme, le principe reste le même. Quelqu’un d’autre pourrait donner à votre place, mais vous auriez alors manqué une opportunité en or de bâtir votre éternité, de fortifier votre passage dans le Barzakh (le monde intermédiaire) et de vous armer contre les terribles épreuves qui vous attendent.

Notre adoration demeure incomplète si elle n’est pas couronnée par la générosité. Il y a un hadith redoutable que j’aime répéter devant l’assemblée des frères pour qu’il s’enracine dans nos mémoires : « Celui qui ne dépense pas son argent pour les gens de bien par choix, Allah le contraindra à dépenser le double pour les gens du mal par obligation ». C’est une équation divine implacable. Si vous retenez 100 euros que vous auriez pu donner de votre plein gré à des gens de bien pour une cause noble, Dieu peut vous envoyer une épreuve ou une difficulté qui vous contraindra à verser 200 euros à des personnes malveillantes.

V. Conclusion et Invocations

En conclusion de cet appel que je vous adresse du fond du cœur, je prie Allah, Exalté soit-Il, d’accepter nos actions et les vôtres, et de nous accorder la meilleure des récompenses.

Je demande à Dieu de soutenir, d’aider et de donner toujours plus de force aux frères responsables qui sacrifient leur temps et redoublent d’efforts pour achever les derniers travaux de ce centre durant ce mois béni.

C’est avec une immense fierté et une grande joie que je vous invite d’ores et déjà à la prochaine inauguration de ce lieu d’exception.

Qu’Allah nous raffermisse sur Sa religion, qu’Il accepte nos œuvres avec la plus grande des miséricordes. Je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions d’Allah soient sur vous tous. Élevons nos voix en priant sur Muhammad et sur la famille de Muhammad.