Sermon du Mardi 16 Juin 2026 – 1 Muharram 1448

Je me réfugie auprès de Dieu contre Satan le lapidé. Par la grâce et la faveur de Dieu, au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange au Seigneur des mondes, et que les prières les plus pures et la paix la plus sincère soient sur le Messager de la miséricorde, le Messager du Seigneur des mondes, Mohammad, ainsi que sur les membres de sa famille, les purs et immaculés.

Que la paix soit sur toi, ô Aba Abdillah, ainsi que sur les âmes qui ont trouvé refuge dans ta cour et qui ont mis pied à terre dans ton campement. 

Que la paix de Dieu soit sur vous de ma part, à jamais, tant que je vivrai et que se succéderont la nuit et le jour. Que Dieu ne fasse pas de cet instant mon dernier engagement à vous visiter. La paix soit sur le Hussein, sur Ali fils de Hussein, sur les enfants du Hussein, et sur les compagnons du Hussein. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous tous, et que Dieu magnifie vos récompenses à tous en ces jours de deuil, si Dieu le veut.

Mes chers frères et sœurs, lors de l’une de ses haltes cruciales, notre maître l’Imam Hussein a prononcé une phrase fondatrice, d’une profondeur insondable : « Celui qui nous soutient par sa propre vie sera avec nous demain dans les Paradis, sauvé de la colère du Miséricordieux ».

Ce dont je souhaite vous parler avec une attention toute particulière au cours de ces nuits bénies, c’est de la méthodologie même de nos rencontres, de l’approche que nous allons adopter pour nos conférences. Cette méthodologie consiste à nous pencher minutieusement sur un ensemble de paroles immortelles prononcées par l’Imam Hussein tout au long de son périple. Nous retracerons ses mots depuis son départ de la ville de Médine jusqu’à La Mecque, puis de La Mecque jusqu’à la terre de Karbala, sans oublier les phrases fulgurantes qu’il a lancées au cœur même des événements tragiques et des affrontements de l’Achoura.

Mon but, à travers ce cycle de conférences, est d’extraire de ces mots les concepts profonds qu’ils renferment. Il est d’une importance capitale de les souligner, de les comprendre avec une acuité et une profondeur extrêmes, et de nous arrêter longuement sur les enseignements que notre Imam a voulu nous transmettre.

Parmi ces concepts cruciaux, il en est un qui est intimement lié à la citation que je viens de vous lire : c’est le concept de la Muwasa (la compassion, la solidarité, l’empathie active, le soutien absolu). Parfois, nous utilisons ce terme de manière légère ou automatique ; certains frères disent par exemple dans nos assemblées : « Nous compatissons (Muwasa) avec la noble Dame Fatima al-Zahra à travers ces majalis », ou encore « Nous soutenons le Maître du Temps ». Mais comprenons-nous vraiment ce que cela exige de nous ?

Je tiens ici à corriger une idée reçue extrêmement répandue et dangereuse : la Muwasa n’est absolument pas un simple concept éthique facultatif ou une action « recommandée » (mustahab) que l’on pourrait choisir de faire ou de ne pas faire selon notre humeur. Non ! C’est un concept obligatoire, d’une nécessité absolue et d’une importance vitale dans la vie de tout être humain.

Linguistiquement et spirituellement, la Muwasa englobe plusieurs dimensions : elle consiste à ménager les sentiments d’une personne, à se tenir fermement à ses côtés, à l’aider de toutes ses forces, à lui apporter tout le bénéfice possible et à repousser d’elle le mal et les dommages autant que faire se peut. Lorsqu’un être humain traverse un problème, une épreuve, une maladie ou une situation critique, et que vous venez vous tenir à côté de lui en essayant de lui apporter une aide utile ou de soulager ses souffrances par tous les moyens à votre disposition, c’est cela la véritable Muwasa.

Nos éminents savants, en analysant ce concept à la lumière de notre religion, ont classifié cette Muwasa en quatre degrés distincts et strictement hiérarchisés, que je vais vous détailler de manière exhaustive :

Le Premier Degré : La Muwasa par la parole (المواساه بالقول)

C’est le niveau le plus élémentaire, le strict minimum vital de la solidarité humaine et spirituelle. Si, par exemple, un de mes frères perd un proche, et qu’une connaissance m’envoie un simple message vocal pour me dire : « Que Dieu magnifie ta récompense », ou qu’il m’adresse quelques mots choisis pour essayer de me réconforter, il pratique alors la Muwasa par la parole.

Mais attention, comprenez bien ceci : il n’y a absolument aucun degré en dessous de celui-ci. C’est la limite inférieure de la foi. Si un homme n’est même pas capable de soutenir ses frères par de simples mots, s’il se dit au fond de lui-même : « Ce qui arrive aux autres, leurs problèmes, leurs épreuves, leurs maladies, leurs défis ou leurs douleurs, cela ne me regarde pas, je n’en ai que faire », alors cet individu sort purement et simplement du cercle de la foi. Ne pas avoir cette capacité minimale d’empathie verbale est inacceptable ; c’est le seuil en deçà duquel il n’y a plus que le vide et l’absence d’humanité. Ce seuil minimum de la parole est une obligation à laquelle nous devons tous nous conformer sans exception.

Le Deuxième Degré : La Muwasa par l’action (المواساه بالفعل)

Ce degré est, de toute évidence, supérieur et plus noble que la simple parole. Prenons le cas concret d’une personne malade. Lui dire de bonnes paroles est une chose, mais la Muwasa par l’action, c’est se mobiliser concrètement. C’est lui dire : « Je connais un excellent médecin, donne-moi tes résultats d’analyses, je vais les emmener ailleurs pour obtenir un deuxième avis médical ».

Dans le cadre de notre vie communautaire, et particulièrement pour les commémorations de l’Achoura, la Muwasa par l’action, c’est ce frère qui vient physiquement travailler, qui aide à aménager et préparer cette salle, qui participe par son effort physique, son activité, son énergie et son temps. Soutenir par les actes, par des actions tangibles, est incontestablement une marche supérieure par rapport au simple soutien verbal.

Le Troisième Degré : La Muwasa par l’argent (المواساه بالمال)

Nous pénétrons ici dans l’un des degrés les plus élevés, les plus nobles, mais aussi les plus difficiles de la solidarité. C’est un test de vérité. Lorsque quelqu’un traverse une crise grave ou une faillite financière, le fait de se tenir à ses côtés en puisant dans ses propres biens matériels pour l’aider est une preuve d’élévation extraordinaire. Imaginez à quel point le fait de soutenir financièrement une personne en détresse allège instantanément son fardeau. À l’inverse, il est si facile de blâmer celui qui chute financièrement, de le critiquer, de fuir ses responsabilités et de dire : « C’est de ta faute, tu as mal géré ».

Voyez plutôt cette tradition magistrale rapportée de notre Messager de Dieu (que la paix soit sur lui et sa famille) : « Éprouvez nos chiites (nos partisans) à travers trois situations ». Il existe de très nombreuses actions recommandées que les adeptes des Ahl al-Bayt accomplissent, mais lors des véritables épreuves, voici les trois critères infaillibles pour tester leur sincérité :

  1. Le respect scrupuleux des heures de prière.
  2. La capacité absolue à garder nos secrets, à ne pas divulguer la moindre information confidentielle.
  3. La manière dont ils soutiennent leurs frères avec leur propre argent. Lorsqu’un frère est dans la détresse financière, les autres se mobilisent-ils avec enthousiasme ? Se précipitent-ils pour se tenir à ses côtés avec leur propre argent, que ce soit pour résoudre son problème personnel ou pour financer un intérêt commun ?. Cette empressement à partager ses richesses (la Muwasa par l’argent) surpasse de loin la parole et l’action.

Le Quatrième Degré : La Muwasa par l’âme (المواساه بالنفس)

C’est le sommet absolu, le zénith de la dévotion, le degré suprême que l’Imam Hussein a évoqué dans sa fameuse déclaration : « Celui qui nous soutient par sa propre vie sera avec nous demain dans les Paradis ». Ce degré ultime consiste à offrir sa propre existence, à se sacrifier physiquement par amour inconditionnel pour les Ahl al-Bayt ou pour le salut de l’autre.

L’Histoire islamique est illuminée par des illustrations majestueuses de ce degré ultime de Muwasa :

  • L’Imam Ali lors de la bataille de Uhud : Vous connaissez tous cette bataille qui fut un défi terrible et sanglant pour les musulmans. Lorsque la situation s’est retournée et est devenue critique en faveur des mécréants, un grand nombre de compagnons ont abandonné le Prophète, le laissant seul, et certains ont même pris la fuite. Seul l’Imam Ali est resté pour défendre le Messager de Dieu, s’exposant à une mort certaine, luttant jusqu’à son dernier souffle. C’est alors que l’ange Gabriel est descendu du ciel pour dire au Prophète : « Dieu te passe le salam et te dit : Voilà ce qu’est la véritable Muwasa ! ». L’Imam Ali a offert son âme. Dans la loi religieuse, se tenir aux côtés de celui qui est dans la détresse ultime, s’exposer à la mort pour lui, ce n’est pas juste de la « coopération » ou de la « fraternité », c’est la quintessence de la Muwasa. L’Imam Ali l’a également prouvé lorsqu’il a dormi dans le lit du Prophète, offrant sa vie à sa place face aux assassins. Qu’il ait obtenu le martyre ou non à ce moment-là, l’acte en lui-même est la définition de la Muwasa par l’âme.
  • Les frères Ghafari à Karbala : Lors de l’épopée de l’Achoura, ces deux frères (nés du même père et de la même mère) se sont avancés ensemble vers l’Imam Hussein pour demander l’autorisation solennelle de combattre. Ils pleuraient à chaudes larmes. L’Imam, les voyant dans cet état, leur a demandé : « Pourquoi pleurez-vous ? ». Ils ont répondu avec une sincérité déchirante : « Nous ne pleurons pas sur nos propres âmes qui vont périr, mais nous pleurons sur toi ». Ils ont combattu et sont tombés en martyrs devant l’Imam. Après leur sacrifice, comment l’Imam Hussein a-t-il qualifié leur acte ? Il a déclaré : « Que Dieu vous récompense pour votre amour, ô fils de mon frère, et pour votre Muwasa envers moi par vos propres âmes ».
  • Les frères Jabiri : Ces deux autres frères, nés de la même mère mais de pères différents, ont accompli exactement la même démarche héroïque. L’Imam Hussein, maître de l’éloquence, aurait pu utiliser mille autres mots pour les honorer. Pourtant, il a délibérément employé la même expression sacrée : « Que Dieu vous récompense en bien pour votre Muwasa envers moi par vos âmes ».
  • Abou al-Fadl al-Abbas : Il est, à n’en pas douter, l’incarnation absolue de ce concept. Dans sa Ziyarat, nous attestons devant l’Histoire et devant Dieu : « J’atteste que tu as été sincère envers Dieu, Son messager et ton frère. Quel excellent frère solidaire (Muwasi) tu as été ! ». Et nous lisons également avec émotion : « Que la paix soit sur Abu al-Fadl al-Abbas, qui a soutenu son frère par sa propre vie ».

Maintenant, je vous invite à transposer cette réalité spirituelle à notre époque contemporaine et à réfléchir avec moi sur l’impact colossal de la Muwasa sur la structuration de notre société.

Imaginez un seul instant nos familles, nos communautés, totalement vidées de toute trace de Muwasa. Prenez l’exemple d’une famille vivant sous le même toit, une grande famille composée de dix enfants : cinq garçons et cinq filles. Imaginez que dans cette maison, il n’y ait aucune forme de solidarité. Le premier tombe malade, et il affronte sa maladie tout seul. Le deuxième doit être hospitalisé, il y va seul dans l’indifférence générale. Le troisième part en voyage, seul au monde. Le quatrième se marie, et le reste de la fratrie s’en désintéresse totalement, comme si cela ne les concernait pas. Que devient cette maison ? Que reste-t-il de cette famille ?. Rien. C’est très précisément l’absence de Muwasa qui démantèle les familles et qui disperse les personnes qui devraient être les plus proches !.

À l’inverse, ce qui rend nos foyers unis, ce qui tisse des liens solides et cimente nos relations sociales et fraternelles, c’est ce sentiment profond et partagé : ta douleur est la mienne, ton chagrin me fait souffrir, ton fardeau pèse sur mes épaules. Si un homme prétend pleurer sur l’Imam Hussein qui a sacrifié sa vie entière, mais qu’il s’enfuit, se cache, devient hostile ou rompt les liens dès que son propre frère de sang ou de religion lui demande le moindre soutien, c’est une hypocrisie cruelle.

Je connais personnellement beaucoup de personnes qui viennent me confier leurs peines profondes à ce sujet. Un jour, un homme est venu me raconter son désespoir : il avait un besoin urgent de 1000 euros. Il a sollicité l’aide de nombreuses connaissances à l’extérieur, mais il a volontairement et consciemment évité de demander à ses propres frères. Pourquoi ? Parce qu’il savait pertinemment que, bien que ses frères soient riches et aient les moyens de lui donner 1000 fois cette somme sans sourciller, ils refuseraient catégoriquement de le soutenir, ne feraient preuve d’aucune empathie et refuseraient de s’impliquer. C’est une éthique exécrable, une morale détestable, que Dieu nous en préserve !.

Je le répète avec force : la Muwasa n’est pas une option laissée à notre bon vouloir. C’est une obligation divine et un trait de caractère fondamental pour lequel nous serons interrogés et jugés le Jour de la Résurrection. Le concept de Muwasa n’a pas été lancé par l’Imam Hussein pour être confiné à l’époque de Karbala ; c’est un principe permanent, continu et actif qui doit traverser toutes les générations jusqu’au Jour du Jugement.

Une communauté solide, puissante, vitale, respectée, influente et digne de ce nom est invariablement une communauté bâtie sur le socle de la Muwasa. Ne vous demandez pas avec étonnement pourquoi telle famille est détruite, pourquoi tel village est divisé ou pourquoi telle diaspora est complètement disloquée : la réponse est simple, c’est parce qu’il n’y a plus la moindre Muwasa entre eux. La Muwasa est ce qui donne à une communauté sa robustesse et sa force.

Au fondement même de la question, la Muwasa, c’est une affaire d’humanité pure et de sensibilité (Ihsas). L’individu qui est totalement dépourvu de Muwasa est, par définition, un être qui ne ressent plus rien pour les autres, qui est devenu insensible à la douleur d’autrui. C’est sans doute le pire et le plus laid des traits de caractère possibles en ce monde. Que valent les biens amassés par un homme ? Que valent son argent, ses grands immeubles, ses vastes propriétés et toutes ses possessions, s’il est totalement vide de toute compassion et de tout sentiment pour autrui ?.

Cette compassion, nous la devons particulièrement et en tout premier lieu aux Ahl al-Bayt, qui nous ont tout donné. Tout notre héritage, qu’il soit scientifique, religieux, jurisprudentiel ou éthique, toute notre existence spirituelle, nous vient exclusivement d’eux et de leurs enseignements. Revivifier cette valeur suprême de la Muwasa parmi nous est donc une leçon primordiale, un héritage direct de Karbala, indispensable pour espérer obtenir leur intercession le Jour du Jugement et pour devenir véritablement et sincèrement les compagnons du Hussein.

Enfin, avant de clôturer notre assemblée de ce soir, je me dois de vous faire part d’une annonce logistique très importante concernant notre calendrier pour la suite de ces nuits de commémoration.

Comme je vous l’avais longuement expliqué hier, nous étions face à une divergence parmi nos savants concernant la détermination du premier jour du mois de Muharram : certains l’ont annoncé pour le mardi, tandis que d’autres l’ont fixé au mercredi. Initialement, pour concilier ces avis, nous avions prévu de suivre ceux qui l’ont fixé au mardi.

Cependant, je vous annonce que nous avons modifié et ajusté notre programme aujourd’hui. Nous avons finalement pris la décision de commencer à compter nos dix nuits à partir d’aujourd’hui. Par conséquent, nous considérons rétroactivement que la nuit dernière était la première nuit, et ce soir constitue donc officiellement notre deuxième nuit.

En suivant ce nouveau décompte strict, le dixième jour, le grand jour de l’Achoura, tombera précisément le jeudi 25 juin, et non le vendredi comme je l’avais envisagé et annoncé hier. Je vous invite donc tous, dès à présent, à prendre vos dispositions nécessaires. Si vous travaillez, organisez-vous pour demander quelques heures de permission ou une journée entière de congé à vos employeurs, afin de pouvoir être présents parmi nous pour assister aux grandes commémorations du dixième jour qui auront lieu ce jeudi 25 juin.

Je demande humblement à Dieu, le Très-Haut, de nous accorder à tous la pleine réussite dans Son obéissance et de nous affermir de manière inébranlable dans cette religion. Je demande pardon à Dieu pour moi-même et pour vous tous. Que la paix, la miséricorde et les bénédictions de Dieu soient sur vous.


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